L’Occident veut mobiliser les Arabes contre l’Iran


plume

Depuis quelques jours, suite à l’histoire étrange du complot d’assassinat de l’ambassadeur saoudien aux Etats-Unis et l’accusation de l’Iran qui serait derrière cette tentative, l’exposition de « preuves » et les menaces se sont multipliées de part et d’autre. Par ailleurs, une question que tout un chacun s’est certainement posée : pourquoi l’Iran ferait-il cela sur le territoire américain, tout en connaissant bien la puissance des services secrets et des renseignements dans ce pays. L’Iran n’aurait-il pas pu perpétrer des crimes ou fomenter des choses ailleurs ? N’aurait-il pas pu commettre une erreur facile à découvrir et fatale pour lui dans d’autres endroits ?

Mais, nous avons très vite eu la réponse : il s’agit d’un ambassadeur qui « dérange l’Iran de par ses positions anti-iraniennes et son influence aux Etats-Unis » !

L’Arabie saoudite n’a pas tardé à soutenir la thèse et la position américaines et a multiplié les menaces contre la République islamique.   

Un peu plus loin de la région, le paysage est le suivant : on a annoncé la victoire d’Ennahdha en Tunisie dans les premières élections pour une Assemblée constituante, l’annonce de la référence à la Charia dans la Libye de l’après Kadhafi, la montée et probable victoire des Frères musulmans en Egypte prochainement, et peut-être même en Syrie plus tard (même si leur situation diffère de celle des Frères musulmans égyptiens sur le plan du poids politique dans leur pays), le flou qui pèse encore sur la situation au Yémen, et le silence voulu quant aux révoltes à Bahreïn, où la majorité chiite et une partie de la population sunnite (ce qu’on oublie souvent de souligner) demandent liberté, changement démocratique et justice sociale.

Dans ce contexte nouveau et particulier en même temps, Américains et Européens ont salué les élections démocratiques en Tunisie et ont confirmé leur respect de la volonté des peuples…Jusque là tout va bien !

En effet, il s’agit d’une nouveauté, car on appréhendait et s’inquiétait de l’arrivée au pouvoir de partis islamistes, dont les leaders et les membres étaient jadis écartés, arrêtés ou exilés. L’Occident a peut-être voulu changer de stratégie cette fois-ci car il s’est retrouvé devant « le fait accompli », mais il ne faut pas perdre de vue également qu’il a finalement compris que le choix des dictatures pour maintenir la stabilité et écarter le « danger islamiste » a échoué face à la volonté des peuples dans ce printemps arabe toujours en cours.

    Le discours a soudainement changé, l’appréhension et la peur se sont transformées en « respect » et « soutien », « à condition de respecter certaines limites » selon les déclarations, entre autres, du ministre des Affaires étrangères français Alain Jupé.

Toutefois, que se profile-t-il derrière tout cela ?

Il ne faut pas se leurrer quant aux déclarations. Les Etats-Unis (et derrière eux Israël) et l’Europe agissent aussi en fonction de considérations internes : élections prochaines entre autres, et on est probablement en train de préparer une attaque contre l’Iran et on tente par tous les moyens de mobiliser les gouvernements de l’après-révolutions, mais aussi les autres et les peuples pour les soutenir contre l’Iran.

De toute évidence, nul ne peut ignorer ni oublier qu’Israël est irrité du dossier nucléaire iranien, de son soutien jusqu’à il y a quelques mois au Hamas (les aides ont diminué ou cessé car le Hamas a refusé de soutenir Bachar al Assad contre son peuple), les liens avec le Hezbollah, etc.,

Certes, l’Iran a des positions pour le moins ambiguës et condamnables à l’égard de certaines questions notamment son soutien au régime syrien. D’autre part, les monarchies du Golfe, à leur tête, l’Arabie Saoudite, semblent avoir un projet dans la région, elles veulent d’abord « se protéger » pour ne pas être secouées par des révoltes et révolutions, « imposer » leur modèle ailleurs, pour ne plus être critiquées.

Dans cette situation, les Etats-Unis ne semblent pas, du moins jusqu’à ce stade s’y opposer. La contrepartie étant le pétrole et la constitution d’un front contre l’Iran. Désormais, l’ennemi a changé : il devient l’Iran, ce qui est dangereux pour les Arabes, surtout si on est face à un front sunnite contre un Iran chiite et isolé sur la scène internationale.

De ce fait, si les Arabes vont dans cette voie, ce serait vraiment une erreur de leur part, et ce serait tout simplement, rendre service à Israël et aux Etats-Unis et changer d’ennemi et de problème (la question palestinienne). En effet, la vigilance est de mise, car la suite pourrait se révéler sans issue.

Les Etats-Unis essaient aujourd’hui de nous faire comprendre que l’islam n’est pas leur ennemi et que c’est plutôt l’Iran qui est l’ennemi de tous. On joue sur l’Irak et le Bahreïn et l’intervention et l’intrusion iraniennes dans ces deux pays, ce qui est un fait indéniable.

Dans ce contexte assez complexe, les Arabes, gouvernements et peuples doivent identifier leur ennemi et non pas se mobiliser contre l’ « ennemi » des autres et surtout éviter de rentrer dans un conflit dangereux entre une majorité arabe sunnites et  un Iran chiite. Cela nous rappelle, hélas un peu l’épisode de la guerre Iran –Irak durant les années 1980, quand les Arabes se sont rangés du côté de l’Irak et ont participé à un conflit qui a duré huit années avec plus d’un million de morts (les chiffres sont contestés) irakiens et iraniens et dont les seuls gagnants et bénéficiaires étaient Israël, les Etats-Unis et l’Europe…Tirons les leçons des expériences du passé et restons vigilants.

Rim KHOUNI MESSAOUD

http://www.alterinfo.net/L-Occident-veut-mobiliser-les-Arabes-contre-l-Iran_a65789.html

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