Les nanoparticules de titane contenues dans les crèmes solaires pourraient endommager le cerveau


Le cancer de la peau,oui, mais bronzer vous bouffe aussi le cerveau, grâce à nos industriels,

Alors, ne vous laissez plus hâler

Une étude menée par des chercheurs du CEA (Commissariat à l’énergie Atomique) suggère que les nanoparticules de dioxyde de titane, présentes dans la plupart des crèmes solaires, pourraient altérer certaines fonctions cérébrales en cas d’exposition prolongée (Crédits : *sté*).

Des chercheurs français ont découvert que les nanoparticules de dioxyde de titane contenues dans les crèmes solaires sont capables d’altérer, voire de briser, la barrière hémato-encéphalique qui protège notre cerveau. Ce résultat, obtenu sur un modèle cellulaire in vitro, suggère qu’une exposition prolongée à ces nanoparticules pourraient endommager certaines fonctions cérébrales.

Autant le dire tout de suite, les résultats obtenus par Emilie Brun et Aloïse Mabondzoa (CEA, Gif-sur-Yvette) ainsi que Marie Carrière (CEA / Université Joseph Fourier, à Grenoble), sont troublants. Et pour cause, car ils montrent que les nanoparticules de dioxyde de titane (souvent appelées TiO2, ou encore nano TiO2), utilisées par la plupart des crèmes solaires pour leur capacité à absorber les rayons ultraviolets (mais aussi par de nombreux cosmétiques et peintures industrielles), sont capables d’altérer, voire de traverser, une protection essentielle à notre cerveau : la barrière hémato-encéphalique. Cette dernière, une véritable muraille naturelle principalement constituée de cellules endothéliales (les cellules formant les parois des vaisseaux sanguins), empêche les substances toxiques de pénétrer dans notre cerveau, ne laissant filtrer que quelques molécules bien spécifiques comme l’insuline ou bien des nutriments.

Les nanoparticules de dioxyde de titane inquiétaient déjà

Or cette découverte, publiée le 24 octobre 2011 dans la revue Biomaterials, est pour le moins inquiétante. En effet, les études démontrant que les nanoparticules de dioxyde de titane altèrent gravement le fonctionnement des cellules se succèdent depuis quelques années. Même si, reconnaissons-le, les chercheurs ne savent pas encore dans quelle mesure ce phénomène est susceptible d’engendrer des pathologies. Ainsi, des travaux récents menés par la toxicologue Marie Carrière (co-auteur de cette nouvelle étude publiée dans Biomaterials), avaient récemment montré que les nanoparticules de dioxyde de titane sont capables de franchir la paroi d’une cellule humaine, où elles induisent alors la fabrication de dérivés oxygénés qui endommagent l’ADN de la cellule. Qui plus est, ces nanoparticules réduisent les capacités de la cellule à réparer ces dommages ainsi causés.

Une autre étude, publiée le 25 octobre 2010 dans les Annales de l’académie Américaine des Sciences (PNAS), va même plus loin. En effet, ces travaux menés par le Pr. Jürg Tschopp, prix Louis jeantet de médecine 2008, suggèrent que l’inhalation prolongée de nanoparticules de titane (présentes dans les peintures industrielles), a pour effet d’endommager l’ADN des cellules des poumons via la production de dérivés de l’oxygène (soit donc le même mécanisme observé par Marie Carrière dans son étude sur les cellules humaines). Et ce tout en déclenchant une réaction inflammatoire dans les poumons susceptible de déboucher à terme sur des cancers. Un résultat qui avait à l’époque était abondamment repris par la presse généraliste.

Un modèle cellulaire in vitro qui reproduit la barrière hémato-encéphalique

Autant de résultats préoccupants, récapitulés en juin 2011 par des chercheurs italiens et britanniques dans une revue de littérature scientifique , et qui ont conduit l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (AFSSET) à recommander en 2010 une limitation de l’exposition du public aux produits contenant des nanoparticules de dioxyde de titane dans un rapport sur les risques liés aux nanomatériaux.

Toutefois, bien d’inquiétantes, aucune de ces études n’avait pour l’instant montré que les nanoparticules de dioxyde de titane étaient capable d’endommager la barrière hémato-encéphalique qui protège notre cerveau, voire de la traverser. Ce qui aurait évidemment relevé d’un cran encore la méfiance envers ces nanoparticules. Mais avec la publication de cette nouvelle étude par les trois scientifiques du CEA, c’est aujourd’hui chose faite.

Comment Emilie Brun, Aloïse Mabondzoa et Marie Carrière sont-elles parvenues à ce résultat ? Tout d’abord, elles ont ni plus ni moins "reconstitué" in vitro la barrière hémato-encéphalique au sein d’un modèle cellulaire (une technique utilisée par l’industrie pharmaceutique pour tester les médicaments lors des études pré cliniques). Dans ce modèle cellulaire, elles ont intégré tout à la fois des cellules endothéliales (ces cellules qui forment la paroi des vaisseaux sanguins jouent un rôle central dans la fonction de protection de la barrière hémato-encéphalique) et des cellules gliales (présentes dans le système nerveux). Ce qui leur a permis d’obtenir une barrière hémato-encéphalique "artificielle" très proche de la réalité, sur laquelle il devenait alors possible de pratiquer des expérimentations.

Une altération de certaines fonctions cérébrales

Puis les chercheurs ont exposé ce modèle cellulaire à des nanoparticules de dioxyde de titane, en variant notamment la durée et le volume d’exposition. Résultat ? Plus l’exposition est aiguë et prolongée, et plus les nanoparticules de dioxyde de titane ont tendance à s’accumuler dans les cellules endothéliales, et finissent par rompre la barrière hémato-encéphalique. Dans le même temps, les nanoparticules de dioxyde de titane induisent une réaction inflammatoire, tout en réduisant la sécrétion de la P-glycoprotéine, une protéine présente dans les cellules endothéliales fort utile puisqu’elle est chargée de bloquer les toxines susceptibles de pénétrer le cerveau.

Ces résultats suggèrent donc qu’une exposition prolongée aux nanoparticules de dioxyde de titane pourrait engendrer leur accumulation dans le cerveau, doublée d’une inflammation cérébro-vasculaire et d’une moindre aptitude à se défendre contre l’irruption des toxines. Tandis qu’une exposition chronique à ces particules pourrait, quant à elle, entraîner ni plus ni moins l’altération de certaines fonctions cérébrales.

Si des études complémentaires seront nécessaires afin d’évaluer clairement les risques, ces travaux pointent toutefois du doigt les crèmes solaires contenant du nanoparticules de dioxyde de titane. Une suspicion qui se voit d’ailleurs renforcée par un nombre croissant d’études suggèrant que les nanoparticules de dioxyde de titane sont capables de pénétrer dans les couches profondes de la peau, surtout pour celles dont le diamètre est le plus réduit (lire une revue de ces études à la page 101 du rapport de l’AFSSET).

Des crèmes solaires plus transparentes

Pourrait-on se passer des nanoparticules de dioxyde de titane dans les crèmes solaires ? A l’évidence oui. En effet, les crèmes solaires n’en ont pas toujours comporté. Ou pour être plus précis, les précédentes générations de crèmes solaires comportaient certes du dioxyde de titane en raison de sa capacité à absorber efficacement les rayonnements ultra-violets … mais pas sous sa forme nanoparticulaire. Ce qui éliminait du coup le risque d’une pénétration profonde dans l’organisme. Problème : le dioxyde de titane non nanoparticulaire de ces crèmes solaires laissait des traînées blanches sur la peau, ce qui rebutait de nombreux utilisateurs.

C’est pourquoi, il y a quelques années, les industriels ont décidé désormais d’intégrer du dioxyde de titane sous forme nanoparticulaire dans les crèmes solaires. En effet, pour des capacités de protection inchangées, ces nouvelles crèmes solaires dotées de dioxyde de titane nanoparticulaire sont en plus… totalement transparentes ! D’où désormais une moindre réticence à les utiliser sur les plages…

Des pistes pour éviter les crèmes solaires contenant des TiO2

Comment éviter les crèmes solaires contenant des TiO2, ces fameuses nanoparticules de dioxyde de titane ? Pour l’instant, ce n’est chose évidente. En effet, les industriels ne sont pas tenus d’annoncer sur leurs produits la présence de nanoparticules. Mais une0209:fr:PDF">réglementation européenne, décidée en 2009, va prochainement changer les choses. En effet, dès 2013 les industriels seront tenus d’indiquer la présence de ces nanoparticules dans la composition de leurs produits cosmétiques. Dans le cas du TiO2, l’étiquetage se présentera ainsi : Titanium dioxyde [nano]. Toutefois, selon le site Science et Démocratie, cette disposition pourrait ne pas concerner les produits destinés à filter les rayonnements solaires…

En attendant, vous pouvez toujours télécharger cette liste (en anglais) rédigée par la section australienne de l’ONG "Les amis de la Terre", qui recense toutes les marques de crèmes solaires utilisant des nanoparticules de dioxyde de titane. Une autre liste de ce type, rédigée par l’ONG américaine Environmental Working Group (EWG), est également consultable en ligne. Enfin, il vous est également possible de consulter le moteur de recherche "Skin Deep Cosmetic Safety database", qui permet de connaître la composition de 69 000 produits cosmétiques.

Source : le journal de la science

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