Aïcha, la résistance, l’Otan et la destruction systématique de la Libye


Pourquoi ce «deux poids, deux mesures» dans le traitement des responsabilités des Etats ? En vertu de quelle loi, l’Etat algérien est-il responsable des paroles de Aïcha Kadhafi ? Et en vertu de quelle loi le droit d’asile est suspensif d’un droit à l’expression ? Une instance juridique quelconque a-t-elle établi un crime commis par Aïcha ? Un mandat international quelconque poursuit-il Aïcha où qu’elle mette les pieds ? Et pourquoi Aïcha l’exilée n’a-t-elle pas le droit de parler alors que Ferhat Mehenni, citoyen français, a le droit et de parler et d’agir ? On comprend bien que Juppé et Sarkozy et leur CNT et leurs médias de là-bas et d’ici aussi ont joué d’Alger comme d’un punching-ball. Comment ne pas réfléchir à cette précipitation algérienne à faire taire une femme en droit absolu de s’adresser à son peuple martyrisé par des bombardements dignes des actes nazis ? Comment ne pas rappeler que c’est l’Algérie qui est en droit de demander des comptes à des gens qui ont ramené la guerre à ses frontières, qui ont démultiplié ses risques internes par la circulation des armes ? C’est à l’Algérie de demander des comptes sur l’ethnocide qui se déroule à Syrte avec des milliers de civils assassinés et jusque dans les hôpitaux. C’est à l’Algérie de demander des comptes sur cette renaissance du racisme qui fait passer au couteau les Noirs, fussent-ils libyens. Mais c’est surtout à l’Algérie de se demander comment un CNT peut construire sa représentativité sur le massacre bien réel et bien permanent de dizaines de milliers de civils. Trois jours avant la Conférence de Paris des amis de la Libye, l’aviation de l’Otan a commencé à terroriser les populations de Syrte et Bani Walid. C’étaient les débuts d’un nouveau Guernica

Mohamed Bouhamidi

Samedi 1 Octobre 2011

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Ferhat Mehenni peut appeler de Paris à la sécession kabyle sans que notre presse néocoloniale crie au scandale. Il peut créer un gouvernement provisoire qui conforte son sécessionnisme avec siège à Paris sans que l’Etat français soit rappelé à l’ordre pour héberger en son pays un nouveau gouvernement représentant une partie du territoire et de la population algérienne légalement représenté par notre Etat encore national pour quelque temps. La même presse néocoloniale n’a pas relevé que servir de siège à un gouvernement sécessionniste est un acte hostile à l’endroit de notre gouvernement peut-être illégitime mais seul représentant légal au regard du droit international. Un tel acte est d’autant plus chargé d’hostilité manifeste que l’Etat français est l’Etat anciennement (mais pas forcément ex-) colonisateur de notre pays et que sa politique indigène a utilisé à fond la moindre possibilité de division des tribus et des régions algériennes, jusqu’à la dernière minute de notre lutte d’indépendance. Elle continue de le faire, d’ailleurs, à travers ses médias indigènes et le tentaculaire parti de la France en faisant les thématiques et les textes qui ont déjà établi dans la tête de trop de jeunes de la Kabylie que la guerre d’indépendance fut le fait des seuls Kabyles. Cette même presse néocoloniale n’a pas pipé mot sur la nationalité française de Mehenni, chef du gouvernement provisoire. C’est même le rêve des patrons de cette presse néocoloniale d’être les citoyens d’ici où ils ont trouvé les sources de leurs fortunes en aidant à brader le pays et des citoyens de là-bas croyant égaler leurs colons d’hier et d’aujourd’hui. Ni cette presse néocoloniale ni notre gouvernement d’ailleurs ne trouvèrent à redire quand le chef du gouvernement provisoire kabyle fut reçu officiellement en tant que tel au ministère français des Affaires étrangères. Plus grave, il a été au Sénat tout à fait officiellement pour parler des rapports futurs de la France avec le futur Aguellid. Beaucoup parmi nous ont minimisé le problème et considéré que c’était faire trop d’honneur à Mehenni que de parler de ses lubies. Le fait même de recevoir officiellement Mehenni aux Etats-Unis et dans des institutions nationales françaises montre assez bien que des puissances lui ont assigné un rôle bien plus dangereux que sa vocation de bouffon. Vous connaissez la réponse stéréotypée de la presse coloniale et même de l’Etat français qui n’a même plus besoin de recruter des agents en Algérie – les bénévoles se recrutent dans la pseudo-élite des deux langues, se présentent en masse pour enfin s’assurer un strapontin pour indigène assimilé dans la mondialisation ultra libérale : Mehenni a le droit de parler en vertu de la liberté d’expression. Pourquoi pas Aïcha Kadhafi ? En admettant que Mehenni ait le droit de parler, l’Etat français, lui, n’est pas dans le cas de figure de la liberté d’expression. C’est un Etat et il n’est pas en droit d’appuyer des menées subversives contre l’unité nationale de l’Algérie. Un parti politique français quelconque a le droit de prendre fait et cause pour le sécessionnisme et a le droit comme l’a fait Bayrou de considérer qu’il existe un peuple kabyle lésé de son droit à un Etat kabyle. Et vous pouvez compter sur la gauche française pour soutenir unanime cette thèse quand l’Etat français sera dans le besoin de passer à une aventure coloniale directe en Algérie qu’il planifie déjà avec des «Capitaine Boutin» indigènes afin d’assurer le niveau de vie des bureaucraties syndicales et de l’aristocratie ouvrière et d’assurer des niveaux élevés de super profits à «son» capitalisme national. N’importe quel citoyen algérien était en droit de rappeler à l’ordre l’Etat français en soulignant l’acte ouvertement hostile d’accueillir et de reconnaître un Etat kabyle fût-il provisoire et fût-il en gestation. Mais c’était au gouvernement algérien de mettre le holà aux dérives d’un Etat français de plus en plus ouvertement hostile aux personnes et aux courants politiques qui portent encore, en dépit de leurs inconséquences et des reniements dont ils ne mesurent pas toujours la portée en les prenant pour des «ruses de guerre». A ceux qui pensent que donner de l’importance à Ferhat Mehenni c’est lui faire une publicité inespérée et imméritée, rappelons-nous d’un proverbe de nos ancêtres qui dit «avant de frapper le chien, informe-toi sur son maître». Proverbe que vient confirmer la guerre faite à l’Etat national libyen et à sa pleine souveraineté (encore un mot qui va enrager les prêtres locaux ou expatriés du libéralisme qui ont viré directo à la vocation d’agents à visage découvert du néocolonialisme). Vous voyez bien qu’avec l’appui de l’Otan dans les airs mais aussi au sol avec des bataillons entiers des forces spéciales de cinq pays, les harkis du CNT n’ont même pas pu s’installer à Tripoli. C’est vous dire que ce CNT n’est qu’une fiction construite sous la conduite des Etats-Unis, maquillée avec le fond de teint «BHL et Sarkozy» et lissée par la laque «Cameron». Les Etats-Unis et l’Otan n’avaient pas besoin de plus qu’une fiction pour engager l’agression de la Libye et entamer ainsi le virage le plus dangereux de la troisième guerre mondiale qui a commencé avec les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan et avec la croisade contre la Yougoslavie. J’espère qu’il apparaît clairement à tous que ces guerres constituent une suite ininterrompue. Et c’est bien de guerre mondiale qu’il faut parler, même si, par ses formes archaïques, elle paraît inédite. Cette guerre n’oppose pas des Etats entre eux mais une poignée d’Etats très hiérarchisés sous la tutelle des Etats-Unis, à l’ensemble des autres peuples de la planète. Bien sûr, mener la guerre impose de classer les cibles dans un programme mais il apparaît clairement déjà que dans ce classement entrent tous les Etats et tous les gouvernements qui oseront bouger dans une direction quelconque en dehors des rapports actuels de domination. Une guerre menée à tous les peuples y compris leurs propres peuples qu’ils vont renvoyer dans les romans de Dickens et dans la question du logement d’Engels. La réaction de notre ministre des Affaires étrangères telle que rapportée par la presse a immédiatement réveillé le souvenir de cet affront français à notre honneur national. Comment passer l’éponge sur les activités – pas une déclaration, une seule, mais des activités permanentes – de subversion à l’endroit de notre Etat et de notre pays et «se précipiter pour assurer que pareil acte ne se reproduira plus» ? Pourquoi ce «deux poids, deux mesures» dans le traitement des responsabilités des Etats ? En vertu de quelle loi, l’Etat algérien est-il responsable des paroles de Aïcha Kadhafi ? Et en vertu de quelle loi le droit d’asile est suspensif d’un droit à l’expression ? Une instance juridique quelconque a-t-elle établi un crime commis par Aïcha ? Un mandat international quelconque poursuit-il Aïcha où qu’elle mette les pieds ? Et pourquoi Aïcha l’exilée n’a-t-elle pas le droit de parler alors que Ferhat Mehenni, citoyen français, a le droit et de parler et d’agir ? On comprend bien que Juppé et Sarkozy et leur CNT et leurs médias de là-bas et d’ici aussi ont joué d’Alger comme d’un punching-ball. On connaît par l’expérience de notre guerre de libération le rôle du méchant et du gentil au cours de la torture. Quand le méchant vous a bien défiguré, le gentil apparaît pour vous offrir une cigarette, un verre d’eau ou un sandwich et vous convaincre qu’un tout petit reniement – juste le nom de votre contact, pas plus – vous permettra de faire cesser les coups sans mettre en danger votre honneur et vos amis. Dans cette dernière période, les déclarations américaines sont apparues clairement comme l’action du «gentil» qui va nous éviter les ennuis à condition qu’on lâche quelques principes de base comme ne pas reconnaître, comme le stipulent les nouvelles valeurs et la nouvelle Charte de l’Union africaine, les résultats des coups d’Etat, etc. etc. Comment ne pas réfléchir à cette précipitation algérienne à faire taire une femme en droit absolu de s’adresser à son peuple martyrisé par des bombardements dignes des actes nazis ? Comment ne pas rappeler que c’est l’Algérie qui est en droit de demander des comptes à des gens qui ont ramené la guerre à ses frontières, qui ont démultiplié ses risques internes par la circulation des armes ? C’est à l’Algérie de demander des comptes sur l’ethnocide qui se déroule à Syrte avec des milliers de civils assassinés et jusque dans les hôpitaux. C’est à l’Algérie de demander des comptes sur cette renaissance du racisme qui fait passer au couteau les Noirs, fussent-ils libyens. Mais c’est surtout à l’Algérie de se demander comment un CNT peut construire sa représentativité sur le massacre bien réel et bien permanent de dizaines de milliers de civils. Trois jours avant la Conférence de Paris des amis de la Libye, l’aviation de l’Otan a commencé à terroriser les populations de Syrte et Bani Walid. C’étaient les débuts d’un nouveau Guernica. Aujourd’hui, ces deux toutes petites villes – 70 000 habitants – qui tiennent en échec la France, la Grande-Bretagne, l’Otan, sont réduites à des tas de ruines, une sorte de Dresde en 1945 mais qui peuvent se transformer en Stalingrad pour les harkis du CNT. Tous les citoyens du monde qui ont encore une conscience peuvent demander des comptes à l’Otan qui commet les pires crimes de guerre. On comprend, dans ces moments difficiles, que des voix de l’intérieur du pouvoir et même dans le peuple s’effrayent des frappes de l’Otan et des menaces sur les pays. On comprend qu’ils nous conseillent de leur céder ce qu’ils ont déjà : le pétrole, avec ce qu’il leur manque encore et qui est que nous nous sommes battus pour une vraie indépendance. Ces arguments peuvent toucher mais l’expérience est cruelle. Elle montre que ce sera le retour à l’enfer colonial, aux gourbis, au trachome et à la gale et à l’indignité. Tout ce qu’on peut leur donner ne leur suffira pas. Comment terminer cet article sans penser à un pays où des étrangers pouvaient parler malgré les menaces énormes que cela faisait peser sur le gouvernement de ce pays. Des Algériens ont parlé des années durant à partir de ce tout petit pays qui s’appelle la Tunisie. Ceux qui, à partir de nos montagnes, des ruelles de nos casbahs ou de Tunis, ont appelé à renverser l’ordre colonial se sont-ils résolus à servir désormais cet ordre colonial qui signe ce grand retour ? En souvenir des Algériens qui parlaient de Tunis, parle Aïcha en dépit de la presse néocoloniale d’Alger qui affiche désormais ouvertement sa nostalgie des colons en allant puiser de quoi frapper l’Etat algérien dans une revue Algérie Française (Valeurs actuelles) en reprenant comme une preuve de leur sagacité les confidences racistes de l’ambassadeur français en poste à Alger.

http://www.latribune-online.com/suplements/dossier/58084.html

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