Omar Mazri : lecture rapide du programme d’Ennahda


 
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Il y a beaucoup à dire sur le programme d’Ennahda. Il faut se libérer du sensationnel et de l’ambition de son énoncé et poser objectivement  la question méthodologique de la doctrine, de la politique et du projet de gouvernance d’un parti se réclamant de l’Islam, s’inscrivant objectivement et indépendamment de sa volonté dans la continuité d’une révolution qui n’a pas encore pansé ses plaies et trouvé son cap. Nous avons un cahier d’intentions, de vœux vagues avec beaucoup de fautes. Si on veut aller au fond des choses on peut faire le parallèle avec le travail de Mossadegh ou de Khomeiny en Iran pour voir le niveau d’indigence. On peut voir le programme de Mao ou de Tito.

On peut comparer avec celui du FIS que j’avais étudié. Il n’avait pas de stratégie de gouvernance mais il était plus populaire et avec de grands projets internes comme construire des villes, donner un salaire pour les femmes qui décident de choisir le domicile conjugal au travail, et lancer le Jihad pour libérer la Palestine. Abassi Madani et Ali Belhadj, malgré leurs insuffisances politiques, avaient la sincérité d’afficher clairement leur positionnement idéologique dans la nation musulmane et ils l’ont prouvé en se faisant les médiateurs entre l’Irak et l’Arabie saoudite pour éviter l’invasion militaire de l’Irak alors que les savants musulmans et les leaders de la puissante confrérie internationale des Frères Musulmans restaient pétrifiés.

Je vais me contenter de  passer en revue sans complaisance le programme qui est entre main et de livrer à chaud mes impressions. Elles ne visent pas Ennahda en particulier mais s’inscrivent dans la continuité de mes analyses assidues sur les révolutions arabes et les craintes que j’avais émises.

La première de ces dimensions concerne la prise de conscience de notre retard civilisationnel en comparaison du progrès réalisé par les nations occidentales, qui leur a procuré force, fierté et richesse. Ce progrès est attribué à l’émancipation des esprits des idées fausses et à l’émancipation du pouvoir de la dictature.

La deuxième concerne la prise de conscience profonde de devoir absolument combler ce fossé en n’épargnant aucun effort pour acquérir les sciences et techniques modernes et moderniser l’administration et les institutions politiques, afin d’atteindre l’efficience, de moderniser les moyens de production et de repousser le fléau de la dictature.
La troisième dimension renvoie à la prise de conscience profonde que l’islam peut servir de référentiel éthique et culturel de base à ce projet réformiste et moderniste, en recourant aux mécanismes de l’effort d’interprétation et d’application (ijtihâd) et en activant l’interaction avec les questions, les sciences et les acquis modernes ; et c’est là l’essence même du projet réformiste.

Le mouvement Ennahdha s’inscrit dans le prolongement de l’école réformiste qu’a connu notre pays au dix-neuvième siècle et qui a prôné la réforme politique, sociale et culturelle pour faire face à la colonisation et à la dépendance.

La première faute : Dans le préambule du programme nous sommes en pleine aliénation à l’Occident. Il y a reconduction du même constat de Cheikh Abdou de Djamel Eddine al Afghani : notre problème civilisationnel est retard technique et matériel par rapport à l’Occident. Nous continuons de prendre l’Occident comme norme et de faire du mimétisme et de l’alignement notre conduite. Cette démarche est d’ailleurs celle des experts internationaux qui ont conseillé nos gouvernants sans jamais apporté un semblant de développement et de progrès social à nos peuples car les solutions de l’Occident ne peut être importés et appliqués en dehors de son cadre culturel, philosophique et socio politique. Le principal cadre est qu’il s’est construit sur le pillage de nos ressources,  la détérioration des termes de l’échange et les injonctions du FMI et de la Banque mondial en opposition avec les aspirations des peuples musulmans et de leur culture ancestrale de justice sociale et de développement équilibré.

La seconde faute magistrale est de se résigner à croire que le seul modèle à proposer au monde musulman est le modèle capitaliste et qu’il faudrait, suivant la théorie de Rostow dans sa brutalité ou dans ses nuances,  suivre le même processus de l’Occident sans imaginer une autre voie plus crédible de développement en posant d’abord les normes de l’Islam est leur trouver une solution théorique et pragmatique.

La troisième faute est d’occulter la colonisabilité du peuple musulman qui a ralenti son développement du fait du despotisme politique, de la fermeture de l’Ijtihad et du sauve-qui-peut social dans la fatalisme et le maraboutisme d’un islam infantile, apologétique, polémique loin de la ferveur des Salafs compagnons et Tabighine. La colonisabilité a permis la colonisation qui a stoppé définitivement le développement de la pensée, de l’économie indigène pour inculquer par dessus  la négligence du bien public hérité du despotisme des Ottomans la culture du marabouts, du fatalisme et l’ignorance des lois coraniques et des lois du monde pour se développer. Nous avions produit quelques insurrections et quelques grands discours syndrome du ras le bol de la victime et de l’opprimé autre que la stratégie de libération de l’oppression et de civilisation portées par l’Islam. Nous avons ensuite remplacé la colonisabilité, l’acceptation à être colonisé du fait du Wahn, par la colonialité, la culture de maintien de la colonisation dans l’esprit de l’indigène post indépendance.

La quatrième faute, post indépendance, nous avons importé ou maintenu la mentalité coloniale qui humiliait l’indigène pour en faire une culture nationale, la colonialité, celle de l’indigène qui reproduit les mécanismes de conjugaison de la colonisabilité avec la colonisation lui rendant impossible l’idée d’imaginer son devenir en dehors de l’hégémonie capitaliste impérialiste. Nous avons cultivé la culture du Wahn au point que les nouvelles générations la portent comme une arrogance et non come une tare dont il faut se déplacer

La cinquième faute c’est de rester sans perspective courageuse, ambitieuse de rompre avec le nouvel ordre mondial qui a fait de nous des auxiliaires insignifiants et de nos pays des comptoirs commerciaux, des lieux de villégiature, de tri dans la traite d’esclave, de poste avancée dans la défense de la sécurité et du confort de l’Occident, un dépotoir de ses résidus nocifs et de ses technologies et produits obsolètes.

La sixième  faute : Pour se donner bonne conscience on fait un mixte du modernise sans en connaitre les fondements idéologiques et du réformisme religieux sans en comprendre les insuffisances et les échecs du passé. On peut introduire des moyens modernes dans un monde archaïques et en marge des décisions en agissant sur l’ombre et les illusions du développement et non agir sur les causes du sous développement, les leviers du développement, les possibilités objectives et subjectives. Lénine a fait une révolution pour contrer le capitalisme et s’est appuyé sur des travaux documentés : plus de 300 monographies sur l’agriculture, l’industrie, la sociologie, la géographie de la Russie. Une méthodologie commence par un état des lieux qualificatif et quantitatif, des objectifs de changement avec la philosophie révolutionnaire qui sous tend ce changement et l’inventaire des moyens disponibles, à mobiliser ou à inventer pour réaliser ce qui doit absolument être fait dans un pattern de planification (priorités hiérarchisées, calendrier de mise en œuvre, résultats escomptés observables et vérifiables…

Ennahda affiche sa lignée avec le mouvement islahiste sans faire le bilan critique de son action. Les conditions, les hommes et l’économie du 21ème siècle ne sont pas ceux  du 19ème siècle. Si au 19ème siècle on peut dire qu’il y a eu un échec de l’islah sur le plan idéologique et politique comment le reconduire sans le réformer ou sans inventer une nouvelle démarche et surtout sans mettre en exergue la diversité des courants islamiques qui ne se réclament plus ou pas exclusivement de ce courant. Quelles sont les alliances avec ces courants et sur quelles échéances et pour quelles actions?

A l’instar de Djamal Eddine al Afghani qui entrait en débat intellectuel profond avec Renan mais qui oubliait de tracer une ingénierie de résistance et de renouvellement de l’homme musulman et à l’instar de Mohamed Abdou dans son débat avec les élites anglicanisées et les clubs brittaniques qui n’a pas montré la voie de reniassance de l’homme musulman ni la méthodologie mohammadienne, Ennahda se parle en autiste et parle avec l’Occident au lieu de parler à l’homme musulman qui ne sait pas comment changer ni que faire de son Islam qui ne lui apporte, pour l’instant, ni la gloire ni la prospérité promise par Allah…

Quelles sont les garanties et les processus  qui vont être miss pour instaurer la Choura islamique, la préserver et se prémunir du retour au despotisme et à l’arbitraire dans le domaine de la gouvernance, de la souveraineté du peuple, de l’économique, de la diplomatie, de la sécurité, de l’information et des médias, de la culture et de l’éducation.

Quel est le nouveau contrat social, comment pactiser et fédérer et sur quels minimums de principe fonder la nouvelle république qui met fin à l’éradication et à la tyrannie. Quel est le contenu, la configuration et la dimension de la société civile est des libertés individuelles et politiques face à l’État.

Comment appliquer le principe islamique de l’indépendance de la Justice des forces de l’argent, de l’État et des forces politiques?

Œuvrer au développement de la coopération des peuples est un générique mais le citoyen attend l’annonce des mesures concrètes pour donner consistance à un Maghreb ou à une Afrique du Nord  des peuples musulmans.

Comment éviter l’instrumentalisation de la religion par le pouvoir en place et garantir à l’opposition ses libertés et ses facultés pour s’opposer avec responsabilités.

L’Islam est absent dans un paysage où chacun se fait sa propre lecture de l’Islam qui souvent répond à des calendriers politiciens qu’à servir l’Islam et les Musulmans. La référence à l’Islam est viciée puisqu’il est dit : "Diversifier les sources de financement, tout en préservant les sources de financement traditionnelles, le but étant d’assurer un meilleur financement pour l’économie. Cette diversification passe par la recherche de sources nouvelles et complémentaires, en faisant notamment appel aux produits de la finance islamique." Aucune références aux fondamentaux de la monnaie, du crédit, de la propriété et du travail dans l’économie islamique. C’est davantage une insertion dans l’économie mondiale et le recours aux pétro dollars des monarchies qu’à une tentative d’émancipation du Riba et de la mondialisation. L’Islam semble accessoire et confiné dans des guichets dans les banques islamiques. Aucun effort d’imagination sur le financement nouveau et la mobilisation des capitaux pour promouvoir la véritable richesse : l’homme et son travail. De la même manière aucun emprunt ni référence aux alternatives islamiques aux banques et aux assurances dans le monde des affaires. La crise mondiale financière semble sans fondement idéologique matérialiste pour les élites d’Ennahda comme si le temps de l’exil n’a pas été mis à profit pour préparer le renversement du régime et le retour pour gouverner avec les principes et les valeurs de l’Islam.

Créer 600 000 emplois sans préciser les incitations, les leviers, la stratégie, le financement et les secteurs c’est faire un souhait pieux et non de l’économie.

Intensifier la production et améliorer la productivité oui mais comment, dans quelle logique et dans quelle forme d’interaction des facteurs. Le travail est-il la source de production des richesses et la terre appartient-elle à Allah  comme le veut la Charia si c’est oui quelle sont les réformes structurelles du code du travail, du code du commerce, du code de la propriété, du code foncier, de la comptabilité nationale et de la comptabilité des entreprises.

Consacrer la culture de la « Qualité Totale » est une démarche managériale qui revient aux entreprises mises en situation de concurrence, de créativité et d’innovation. Que doit faire l’état pour inciter et encourager? Sa vocation n’est pas de se substituer aux entreprises ni aux chambres de métiers, de commerce et aux différents syndicats et corps de métiers.

Encourager les universités étrangères de grande réputation à s’installer en Tunisie. Ce programme est antinomique avec la libération et la socialisation des savoirs. Il prend copie sur les pays du golfe pour former une élite compradore. L’université publique ne peut et ne doit être mise en compétition inégale avec le privé étranger. Toute la problématique de la mondialisation est dans cette concurrence injuste. La Tunisie est arabe et africaine : il est temps qu’elle se mettre à imaginer son futur dans les contigüités spatiales de sa géographie et les intérêts des peuples de la région.

Ce programme très détaillé est un listing de missions pour des ministères, des agences techniques mais il n’est pas l’ossature ni le contenu attendu d’un projet de gouvernance qui a la vocation d’être islamique et de s’insérer en y participant activement à la continuité historique, géographique et mentales des terres d’Islam.

Si on enlève l’intitulé Ennahda et Tunise ce serait un programme passe partout dans n’importe que lieu et pour n’importe quelle idéologie libérale ou progressiste. Il lui manque son cachet islamique. Même en lisant entre les lignes on ne trouve pas trace des cinq piliers de la gouvernance islamique : les références à la norme supérieure du Coran, l’autorité des savants religieux sur la recevabilité religieuse ou non des lois et des programmes gouvernementaux, la zakat, les biens communautaires comme le Waqf, les Habous, la restauration de l’université Al Zeytouna comme pôle de rayonnement spirituel et de Tajdid du Fiqh.

Le FLN algérien ou les Nassériens ont plus de courage et d’audace pour affirmer leur islamité qu’Ennahda tunisien qui commence sa vie politique avec beaucoup d’auto censure et de complaisance à l’Occident et aux laïcs tunisiens.

Le peu que je connaisse des jeunes tunisiens de l’intérieur frondeur et de l’élaboration d’un programme politique me laisse perplexe sur la suite. Le HAMAS algérien l’a appris à ses dépens et aux dépens du peuple algérien.  Ennahda  habillant avec des mots du 21ème siècle une démarche du 19ème siècle avec une volonté de complaisance ne fera pas mieux que le HAMAS algérien dans le parlement ou dans les ministères. Il manque à ce programme l’âme musulmane. Je suis presque certain que les Frères Musulmans d’Égypte proposeront un programme similaire : un listing  de choses et non une politique. Nous assistons à l’étalage de moyens et de mesures qui peuvent exprimer une politique. Nous ne voyons ni la politique ni la doctrine de gouvernance qui la sous tend sur le plan politique, économique, culturel, militaire et diplomatique

La septième faute : Dans le contenu on trouve un descriptif de bonnes intentions : démocratie, développement socio économique global, etc… Quel est leur contenu idéologique, quelles sont les forces d’actions, quels sont les liens qui lient ces intentions, quels sont les institutions, les lois, les mécanismes, les procédés fédérateurs, les éléments négociables et non négociables, les éléments fondamentaux irrévocables, les ingénieries, les financements, les compétences pour donner à ces bonnes intentions une faisabilité et une viabilité. Quels sont les scénarios alternatifs? Quels sont les moyens de conserver l’autonomie de prise de décision sur son armée, son économie, sa diplomatie, sa monnaie

La huitième faute fatale : Il était attendu de nous tous, tunisiens et non tunisiens, de voir ce grand parti profiter de l’occasion offerte pour apporter des réponses conceptuelles, méthodologies, institutionnelles et pratiques à un sous pilier de la foi musulmane : la Choura. C’est l’occasion idéale d’aborder la Choura qui en étant délaissée a produit le despotisme dans le monde musulman alors qu’il porte dans ses textes sacrés non seulemetn la condamnation de la tyrannie mais les mécanismes pour emêcher son emergence. C’est une occasion manquée de montrer à travers la Choura non seulement la spécificité "démocratique" de l’Islam en montrant comment concilier ou plutot réconcilier ce qui ne devrait jamais être séparé : la Hakimiya d’Allah et la souverainté du peuple.  Il est vrai qu’un régime parlementaire est préférable à un régime présidentiel, à priori, mais si les conditions sociales, économiques, politiques, financières, médiatiques et idéologiques qui font emerger un despote président sont d’actualité elles feront emerger une majorité parlementaire anti populaire, despotique, une bourgeoisie compradore qui brade les valeurs sacrées et met aux commandes de la gouvernance un despote vassalisé à ses intérêts et à ceux du capital étranger.

Kadhafi diabolisé et désigné comme le fou du monde musulman a montré dans son livre vert qu’on présente comme un blasphème sans l’avoir étudié qu’il est le seul homme politique dans le monde musulman a imaginer, mettre en oeuvre une idée démocratique plus proche de l’Islam et loin des contradictions de la société occidentale.  La culture de l’anathème et la colonialité nous empêche d’étudier les expériences des Arabes et des Musulmans. Le complexe d’infériorité ou la ruse politicienne, pourtant contraire à l’esprit mohammadien, est un des mobiles qui nous met en position de perspective du regard de la grenouille regardant l’hommo occidentalus.

La neuvième faute : L’armée est absente de ce programme (?). Le réalisme est lui aussi  absent alors qu’il n’est pas absent dans les préoccupations  des peuples. Entouré par trois grand pays, l’Égypte, la Libye et l’Algérie quel est le partenariat durable avec ces pays. Quelle est la position de la nouvelle gouvernance dans les politiques de déstabilisation ? Quelles paix, sécurité, prospérité garantir avec une guerre civile à ses frontières et la présence des troupes de l’OTAN. Quelle est la relation avec Israël et comment se prémunir de son agression ?

En conclusion : ce qui est flagrant ce ne sont pas les 9 plaies d’Egypte du Programme d’Ennahda mais son inscription hative dans une gouvernance alors que l’étape cruciale de la Tunisie est la Constituante. C’est l’occasion de défendre le peuple tunisien et l’Islam en faisant de la souverainté du peuple, de la liberté, de la justice et de l’indépendance le cadre idéologique pour construire l’homme nouveau qui va porter la bataille d’édification et de civilisation et participer non à la restauration d’un Khalifat révolu mais à l’invention d’une nouvelle gouvernance mondiale islamique en collaboration avec les peuples épris de liberté et de justice. Ce n’est pas encore le moment de débattre d’un programme partisan économique, agricole et  industriel de conquête de l’espace ou des nanotechnologies.

C’est le moment de définir les relations entre le gouvernant et le gouverné, de définir le pacte social, de fixer les valeurs sacrées et bien entendu les références suprêmes. Dans ces références on a vu le programme citer le slogan de l’Arabité mais on ne l’a pas vu décrire sa stratégie dans la lutte culturelle ni dans la promotion de la langue arabe par la création d’une accadémie de langue arabe en partenariat avec les linguistes arabes. On oublie toujours que la bataille mohammadienne pour changer le monde a commencé par "Lis!" Le Coran a donné à la langue arabe l’ éclat impensable car elle se croyait parfaite. Le choc des idées entre l’ancien et le nouveau se fait d’abod par le choc des mots du langage.

PS : Des amis et des frères de Tunisie m’ont fait un reproche amicale et sincère : je monologue sans m’appuyer sur des faits mesurables et  vérifiables.  Je reconnais que mon analyse se situe sur le plan idéologique. Les idées valent par leur force de conviction, la pertiennce et l’opportunité de leurs argiements ainsi que par  la qualité de leurs auteurs. Je poursuis un objectif pédagogique qui fait du programme d’Ennahda un cas d’école qui est hélas plus répandu dans le monde musulman que ce que nous pouvons imaginer. Nous construisons du nouveau sur les ruines d’un monde ancien qui n’est pas ni démantelé ni déblayé. Nous construisons dans le prolongement de l’économie capitalisme et son système de Riba. L’attente du Musulman est de voir des solutions à ce fléau à qui Allah a déclaré la guerre.  Je dois dire que moi et autrui nous ne pouvons procéder à une analyse qui respecte le principe de mesurer, de vérifier et de comparer si le texte, en français entre nos mains, ne contient aucun document chiffré ni une monographie sauf un pachwork de solutions que l’oeil averti voit sans fondement idéologique et sans lien ni interraction : un catalogue de bonne intentions et non un projet de gouvernance.

Le seul chiffre avancé est de 600 000 emplois. Si je prends en considération les chiifres de la Banque mondiale pour la Tunisie qui montre la difficulté d’évaluer le cout de création d’un emploi du fait de la fluctuation de l’inflation et de la non fiabilité des chiifres destinée à attirer les capitaux étrangers j’arrive à établir un cout moyen sur les années 80 à 90 de 7000 $ de cout unitaire de création d’emploi. Pour les 600 000 je peux faire une extrapolation pour 2012 – 2017 et avancer une chiifre approximatif de 6 milliards de dollars qu’il faut dépenser en trois ans soit 2 milliards de dollars par an. Le programme ne dit aucun mot du financement. S’il faut compter sur le FMI, la Banque mondiale et la banque islamique Al Baraka la Tunisie peut attendre longtemps. Sinon quelles sont les solutions? Ce n’est un secret pour personne que la Tunisie a 700.000 chômeurs (17% de la population active), dont 200.000 diplômés du supérieur et que la création de 600 000 emplois va laisser en 2017 plus de 300 000 chomeurs.  La question en terme de gouvernance n’est pas seulement la question de créer des emplois mais à la fois de générer une dynamique de plein emploi (la vision islamique) et la justice sociale par une répartition équitable des efforts du travail et des résultats de cet effort pour que la fraternité islamique ne reste pas un slogan mais un acte de fraternisation par la redistribution juste des revenus et des occasions de travail. Cela n’est possible que si le rapport au capital et à la rentabilité financière est modifié par l’efficacité sociale. Le programme n’aborde pas le processus révolutionnaire de l’efficacité sociale et du primat du travail sur le capital. Ce sont pourtant les éléments fondamentaux de la pensée islamique moderne.

Sur le plan idéologique le programme fait référence à la révolution. Les libéraux, les communistes et les nationalistes font tous référence à la révolution comme si elle est achevée alors qu’elle n’est qu’à ses débuts si elle n’est pas déja confisquée. Elle me rappelle octobre 88 en Algérie avec son ouverture démocratique qui aurait pu connaitre l’effondrement de la tête du régime comme en Tunisie si des cadres patriotes n’ont pas fait un deal démocratique pour sauver le président Chadli. La question, en dehors de l’appropriation de la révolution et de l’histoire  comme une rente qui donne légitimité, quel est le contenu,  la direction et le sens de la révolution tunisienne pour maintenir son cap et l’accélerer ou corriger sa trajectoire. Révolution en cours, révolution inachevée, mystification, contre révolution ou émeutes sociales sans unité d’orientation idéologique lui donnant le format d’une auberge espagnole où chaque hôte apporte son repas et son couvert de partisan. Sur cette équation révolutionnaire c’est le silence total.

Sur cette équation révolutionnaire, son devenir et la participation du peuple pour la porter plus haut et plus loin c’est le silence total. On fait comme si c’est un épiphénomène. En attendant ce sont les USA, la France, l’ancienne équipe de Bourguiba et la Turquie qui menent la danse.

Pour que je ne sois pas un fabulateur je vous invite à étudier la gouvernance de Khomeiny ou le programme d’Allende ou de Hugo Chavez.. Si ma critique du mouvement réformateur est exagérée il faut lire Malek Bennabi et écouter Rached Ghennouchi le président d’Ennahda sur la chaine Al Hiwar.

Mes critiques peuvent apparaitre injustes, indécentes et  polémistes envers mes frères. Mais je n’arrive pas à comprendre que l’échec flagrant du  nationalisme, du libérallisme et  du progressisme ainsi que l’entropie du mondialisme ne puissent pas nous rendre plus exigeants en termes de compétences, plus entreprenants en termes d’imagination et surtout moins complaisants envers ceux qui ont pillé et continuent de piller nos richesses et nos talent. Notre modèle est Mohamed (saws) il a refusé la complaisance :

{N’obéis donc pas aux négateurs. Ils voudraient que tu sois complaisant pour qu’ils deviennent complaisants. Et n’obéis pas à tout prêteur de serments, insignifiant, diffamateur, qui marche en médisant, empêcheur du bien, transgresseur, qui persiste à pécher, obstiné, et, ce qui plus est, un intrus !} Al Qalam 8

http://liberation-opprimes.net/index.php?option=com_content&view=article&id=926:omar-mazri-lecture-rapide-du-programme-dennahda

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