L’Arabie saoudite, l’exécutant de la politique américaine, pour faire face aux soulèvements populaires.


Irib

Mercredi 7 Septembre 2011

clip_image001

L’éveil islamique, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, a posé moult problèmes à l’Arabie saoudite, aussi bien, à l’intérieur du pays, que sur la scène internationale. Ce défi a transformé le gouvernement saoudien en un levier américain, pour faire face aux soulèvements populaires et les détourner de leurs idéaux.

Certes, l’Arabie saoudite était, depuis des décennies, le principal allié des Etats-Unis et l’un des piliers de la politique américaine, au Moyen-Orient. En s’appuyant sur les dollars pétroliers et le soutien américain, le gouvernement des Al-e Saoud joue, en Arabie saoudite, le rôle de frère aîné des Emirats riverains du golfe Persique et des ordres despotiques arabes. La vague de l’éveil, dans les pays islamiques, a amené le gouvernement des Al-e Saoud à jouer un nouveau rôle, afin d’empêcher l’arrivée de cette vague, à l’intérieur du pays. Il a commencé la séance, en donnant refuge à Zine el- Abidine Ben Ali, le dictateur déchu tunisien. Certes, les Al-e Saoud se sont efforcés de ne pas adopter une position négative envers les évolutions, en Tunisie, et ont déclaré qu’ils ont donné refuge à Ben Ali, à condition qu’il ne prenne pas part à des activités politiques. Les Al-e Saoud ont pris cette décision, dans des conditions où aucun de ses protecteurs européens, de crainte de la réaction du peuple tunisien et de perdre leurs intérêts, ne lui ont donné refuge. Les dirigeants des Al-e Saoud ne sont pas restés indifférents, face au soulèvement du peuple égyptien, deuxième pays africain, marqué par l’éveil islamique. A ce stade, l’Arabie saoudite, qui était resté indifférente à la situation, en Tunisie, a pris fait et cause, pour le régime de Moubarak, et s’est opposée à la revendication du peuple égyptien, à savoir, le renversement de ce régime. L’Egypte, contrairement à la Tunisie, jouit d’une position particulière, dans le monde arabe. Hosni Moubarak, en tant que dirigeant influent, aligné sur les politiques américaines, au Moyen-Orient, et représentant d’un axe, dénommé, «équilibre arabe», jouait un rôle majeur, dans les équations politiques de la région contre l’axe de la Résistance. L’Arabie saoudite était aux côtés de l’Egypte dans ces équations. De ce point de vue, la chute de Moubarak est considérée comme l’affaiblissement de l’ensemble des pays s’articulant autour de l’«axe de l’équilibre», dans le classement régional, au Moyen-Orient. C’est pourquoi, les Al-e Saoud ont soutenu, jusqu’au dernier moment, le régime de Moubarak. Avec la chute de Moubarak, commence la troisième étape de la politique saoudienne envers les évolutions, au Moyen-Orient. A ce stade, l’Arabie saoudite porte une attention toute particulière à la prévention de la contamination de la vague de protestation vers le territoire saoudien et utilise tous ses instruments financiers et sécuritaires, dans ce droit fil. Après la chute de Moubarak et le commencement de trois grands soulèvements, à Bahreïn, au Yémen et en Libye, le peuple saoudien a appelé, par de larges propagandes, à l’organisation de la «journée de la colère du 11 mars». Un groupe d’activistes politiques a institué, dans une démarche, sans précédent, le premier Parti politique, en Arabie saoudite. Outre la répression des protestataires et la mort de plusieurs activistes, au "Jour de la colère du 11 mars", le régime des Al-e Saoud jouissait d’un autre levier de pression qui faisait défaut au régime de Ben Ali et de Moubarak. Les dirigeants des Al-e Saoud détiennent des réserves de centaines de milliards de dollars pétroliers. En effet, la rente pétrolière était considérée comme la carotte, dans la politique "du bâton et de la carotte saoudienne". Avant les protestations, le roi malade saoudien, âgé de 87 ans, qui passait ses jours, à l’étranger, pour se faire soigner, a pris le chemin du retour au pays, en faisant la promesse d’une allocation de 35 milliards de dollars aux différentes couches de la société, dont 15% d’augmentation des salaires des fonctionnaires de l’Etat, le remboursement de la dette des prisonniers endettés, des aides financières aux étudiants et aux chômeurs, la construction d’un demi million d’unités résidentielles, à des prix préférentiels, ainsi que l’augmentation du budget de la police religieuse. Quelques jours après la "Journée de la colère du 11 mars", et trois semaines avant la proposition du plan du Conseil de coopération du golfe Persique, pour résoudre la crise au Yémen, les forces saoudiennes et émiraties sont entrées à Bahreïn, pour réprimer le soulèvement du peuple de ce pays. Récemment, le prince bahreïni a épousé la fille de Malek Abdallah, le roi saoudien, consolidant les liens entre les deux familles royales. En tenant compte de l’importance de Bahreïn, pour les Etats-Unis, la Maison Blanche a soutenu l’ingérence des Al-e Saoud, dans la répression du peuple bahreïni. La 5ème flotte américaine est installée, à Bahreïn, et toute évolution, à Bahreïn, compromettra la situation militaire, dans le golfe Persique et en mer d’Oman.

Les dirigeants des Al-e Saoud jouent, également, un rôle actif, face au soulèvement du peuple yéménite. Dans l’optique stratégique saoudienne, le Yémen jouit d’une position privilégiée. En effet, la position géographique du Yémen et la nature des relations qu’il entretient avec l’Arabie saoudite, durant ces dernières décennies, ont placé ce pays, sur le plan de la sauvegarde de la sécurité nationale saoudienne, au rang des pays membres du Conseil de coopération du golfe Persique. C’est pourquoi, l’Arabie Saoudite a joué un rôle actif et influent, dans toutes les évolutions yéménites. Le commencement du soulèvement général du peuple yéménite, qui coïncida avec la chute de Moubarak, en Egypte, a soulevé la profonde inquiétude de Riyad. Avec la chute du gouvernement de Moubarak, les Saoudiens, qui avaient perdu leur plus grand allié, au Moyen-Orient, se sont vus confronter, au Sud du pays, au risque de la contamination des soulèvements populaires, dans leur territoire. Après la répression des protestations internes et l’intervention militaire, à Bahreïn, dans le cadre du Conseil de coopération du golfe Persique, les Al-e Saoud ont proposé une initiative, pour maintenir le régime d’Ali Abdallah Saleh au pouvoir, accompagné de sa mise à l’écart du pouvoir, afin de dévoyer, ainsi, le soulèvement du peuple yéménite. Finalement, Saleh a été blessé, lors d’une attaque contre le Palais présidentiel et transféré en Arabie saoudite. De cette manière, les Al-e Saoud, qui n’avaient pas réussi à convaincre Saleh d’abandonner le pouvoir, avec l’incident dont il a été victime, les conditions, pour juguler le soulèvement du peuple yéménite et le maintien du régime d’Ali Abdallah Saleh, étaient réunies.

Mais la sortie de Saleh du Yémen n’a pas entraîné le recul du peuple et il a continué d’insister sur l’instauration d’un Ordre démocratique et populaire. Les manifestations, par milliers, de la semaine dernière, des Yéménites sont le signe de l’échec des efforts déployés par les Al-e Saoud, pour mater le soulèvement du peuple yéménite. Les réactions des Al-e Saoud envers la vague de l’éveil islamique se divisent en deux périodes distinctes : la première, où les Saoudiens ont réagi contre Bahreïn et l’Egypte, en conjuguant tous leurs efforts, afin d’entraver l’expansion des protestations internes, et la deuxième, celle, pendant laquelle, Riyad s’est ingéré, activement, pour faire face aux soulèvements arabes, dans les pays voisins. Les évolutions débridées, au Moyen-Orient, et le terrain propice, pour la formation de gouvernements populaires, à la place des Ordres despotiques, ont bouleversé les équations, dans cette région. En conséquence, avec ces changements, les Al-e Saoud ne jouissent plus de la position qu’ils occupaient, dans la région, et les dollars pétroliers ne peuvent plus servir d’atout aux Saoudiens, pour maintenir leur position, dans la région, en tant que frère aîné et exécutant appliqué de la politique américaine.

http://french.irib.ir

Cet article a été publié dans Réflexions. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s