L’Occident brûle-t-il ?


Nos économies, nos marchés financiers et nos sociétés révèlent une dangereuse addiction à l’argent facile. Le second round des baisses de taux quantitatives (terminé au 30 Juin dernier) n’avait-il pas été applaudi par une appréciation constante des bourses avec, par exemple, l’indice S&P 500 qui avait tout bonnement doublé de valeur entre le point le plus bas de son cycle enregistré en Mars 2009 et son sommet de fin Avril 2011 survenu en pleine période de création (virtuelle) de monnaie ? Las, ces bourses – qui donnaient déjà de sérieux signes d’essoufflement en ce début d’été 2011 – n’auront eu à se mettre sous la dent qu’un engagement de la part de la Réserve Fédérale selon lequel les taux d’intérêts américains ne seraient pas remontés avant deux ans, ce qui constitue en creux une reconnaissance sans équivoque de la fragilité économique ambiante.

Michel SANTI

Mercredi 17 Août 2011

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Habitués à l’euphorisant des injections de liquidités permettant de gonfler leurs valorisations, les marchés financiers durent ainsi se contenter d’une drogue autrement moins spectaculaire avec, à la clé, une volatilité extrême susceptible – si elle devait perdurer – d’avoir des effets ravageurs sur l’ » économie réelle ». Laquelle activité économique ne semble pas être la préoccupation majeure des politiciens américains ayant allègrement joué (chacun dans le sens lui étant favorable) avec le spectre du défaut de paiement de leur pays pour finir par conclure un accord ayant une portée nulle tout à la fois sur l’amélioration de leurs finances publiques que sur leur économie sinistrée… La montagne ayant accouché d’une souris, l’étripage politique a fini par totalement éclipser les priorités fondamentales relatives aux déficits … jusqu’à ce que la perte de leur AAA ne sonne comme un camouflet cinglant pour toute une caste déconnectée des réalités.

Laquelle réalité semble enfin avoir été révélée aux dirigeants européens jusque là en plein déni quant au sérieux de la crise sévissant sur leur continent pour n’avoir entrepris durant 18 mois que des opérations de colmatage. En réalité, nos dirigeants Occidentaux (américains et européens) se sont bornés à transférer les gigantesques endettements privés dans le giron de leurs Etats respectifs en priant pour que les retombées soient bénéfiques sur la croissance. Seulement voilà : pourquoi ces déficits seraient-ils mieux tolérés sur les comptes publics qu’au bilan des entreprises, des banques et au budget des privés ? La situation a donc échappé à tout contrôle.

Et encore pire que ça : un peu à la façon du « Terminator », c’est les ordinateurs et les machines qui semblent régner aujourd’hui sur les fluctuations boursières et donc sur les capitalisations de nos entreprises ! Comment expliquer qu’un titre comme la Société Générale ou celui de la banque italienne Intesa Sanpaolo (et bien d’autres établissements de renom) cèdent 15% en une séance ? Qui est derrière l’effondrement de l’action de Bank Of America de 20% en une seule journée (le 8 Août) ? Ou derrière l’indice Dow Jones qui, la semaine dernière, fluctue de plus de 400 points à la hausse puis à la baisse et ainsi de suite pendant plusieurs jours et ce alors que les volumes échangés en bourse sont très importants pour un mois d’été… C’est en réalité les robots qui, à l’aide de leurs algorithmes, émettent les signaux d’achat et de vente car 53% des volumes traités aujourd’hui (contre 21% en 2005) sur la totalité des marchés financiers US sont du seul ressort des machines ! Partout, la matière grise semble avoir abdiqué car tout le monde – banques, fonds spéculatifs et jusqu’aux fonds de pension – est aujourd’hui accroc à ce « trading algorithmique » qui fait perdre au Dow Jones 1’000 points en l’espace de quelques minutes (le 6 Mai 2010).

De l’instabilité malsaine qui s’empare des marchés financiers aux responsables de l’Union Européenne toujours incapables de décisions de fond au déboulonnage – à la faveur de la perte de son AAA – de la statue du commandeur américain… voilà que l’on évoque à nouveau l’automne 2008 si ce n’est que la situation actuelle est nettement plus catastrophique. C’est en effet toute la panoplie des instruments financiers, comme des mesures financières et comptables ayant consisté pour les Etats à prendre à leur compte les dettes contractées par le secteur privé, qui se transforment aujourd’hui en armes de destruction massive. Et les émeutes en Grande Bretagne – après les violences survenues en Grèce – comme la montée en puissance des droites extrêmes (aux Etats-Unis et sur notre continent) ne font que refléter la perte totale de repères de sociétés bien conscientes qu’elles ont été sacrifiées à l’autel de l’insatiable finance et de l’ambition désordonnée de leurs politiques.

La corrélation entre l’injustice fiscale flagrante, entre les restrictions budgétaires des Etats et l’agitation – voire les bouleversements sociaux – est pourtant indéniable. Tous ces sujets sont trop sérieux et nous touchent de trop près pour espérer que l’Histoire recommence, cette fois-ci, comme une farce.

http://www.gestionsuisse.com/2011/l%e2%80%99occident-brule-t-il/

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