L’Afrique refuse l’impérialisme français – L’Afrique répond à Sarkozy – Contre le discours de Dakar


Henriette Hanke Güttinger

Dimanche 14 Août 2011

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En 2007, le président de la République française, Nicolas Sarkozy, prononça une allocution à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, dans la capitale sénégalaise de Dakar.1

Il y dessina une caricature de l’Afrique à la manière de l’époque colonialiste. Le discours fut adressé «aux jeunes d’Afrique» qu’il voulait embarquer, à l’aide de ses paroles sur le développement futur de l’Afrique sous domination française. Si l’audience du pays d’accueil conserva la politesse exigée, l’indignation contre les avances et paroles de violence néocoloniales n’en fut pas moins grande, pas seulement en Afrique. En plus d’articles importants dans la presse, l’éditeur parisien Philippe Rey publia en 2008 un recueil de 23 essais sous le titre «L’Afrique répond à Sarkozy – Contre le discours de Dakar»*. Une sélection de ces essais a paru en allemand en 2010. Des intellectuels africains des domaines universitaires, littéraires et culturels analysèrent le discours, dévoilèrent son arrière-fond raciste et révélèrent les intentions néocoloniales de Nicolas Sarkozy. A la caricature présidentielle de l’histoire africaine furent opposés les résultats de recherches scientifiques indépendantes de plusieurs dizaines d’années. Le recueil est dédié aux pionniers de ces recherches, Cheikh Anta Diop, Frantz Fanon, Mongo Beti, Amadou Hampâté Bâ et Joseph Ki-Zerbo. Il dépasserait le cadre d’une analyse de livre de vouloir présenter ce recueil dans sa richesse et complexité entières. C’est la raison pour laquelle nous nous contentons de présenter les idées centrales de plusieurs auteurs.

L’Afrique de Nicolas Sarkozy?2

M. Sarkozy, dans son discours, décrit l’Afrique comme continent entièrement arriéré:3 «Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons […], ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. […] Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir.»4

Dans son essai, l’historien Achille Mbembe, fait ressortir que l’idée que M. Sarkozy se fait de l’Afrique, ne correspond en rien à la réalité. Elle reprend presque mot à mot ce qu’a écrit Georg Wilhelm Friedrich Hegel dans «La Raison de l’histoire» sur l’Afrique au début du XIXe siècle.5 Dans le discours de Sarkozy, les préjugés de Hegel sont enrichis de lieux communs de l’ethnologie coloniale de la fin du XIXe siècle. Depuis Charles de Gaulle déjà la politique africaine de la France est basée sur des préjugés à caractère colonial et raciste.

Duplicité et trafic de l’histoire6

Fascinant et facile à comprendre pour les non-professionnels, est l’essai de Zohra Bouchentouf-Siagh qui, en employant l’outil de l’analyse de texte, explique le discours de Sarkozy.7 Voilà un exemple de sa façon d’analyser le discours: «Je suis venu vous parler avec franchise […]. Je ne suis pas venu nier ni les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes. Il y a eu la traite négrière, il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. […] Ils ont voulu convertir l’homme africain, […] ils ont cru qu’ils avaient tous les droits.»

Bouchentouf-Siagh démontre par cet extrait la double instance du discours: Tantôt Sarkozy utilise un «je» qui s’adresse à la jeunesse, tantôt il parle avec des «il y a/il y a eu/ils/ce/cela» comme s’il rapportait des histoires anciennes. Des formules impersonnelles ainsi que les verbes «vouloir et croire» transforment «le factuel […] les dévastations culturelles et matérielles exécutées au nom de la ‹mission civilisatrice› en timides amorces psychiques; tout est dilué dans un brouet mêlant euphémisme et imprécision et l’on ne sait plus très bien qui a fait quoi, où et quand, et surtout où se situent exactement les responsabilités historiques, car responsabilités historiques il y a, n’en déplaise à M. Nicolas Sarkozy.» – ainsi Bouchentouf-Siagh.

Dans cette double instance du discours apparaît une duplicité qui traverse le discours entier de Sarkozy avec la fonction idéologique suivante: il évoque chez l’auditeur l’image d’une Afrique arriérée et assombrie qui doit être guidée par l’Europe des valeurs universelles dans un avenir rayonnant sous domination française. Sarkozy renoue avec Jules Ferry, qui, en 1885 à la Chambre des députés justifia les criminelles expéditions coloniales: «Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures.»

Comme suit, Bouchentouf-Siagh met en lumière les tentatives néocoloniales d›embobinement de Sarkozy: «M. Nicolas Sarkozy, président de la France, joue lui, sur une autre scène, celle des grandes puissances économiques et militaires du monde d’aujourd’hui!»

«Je suis venu vous dire…» –

Anatomie d’un discours néocolonial en langue de caoutchouc8

Le discours de Dakar était annoncé comme porteur d’une rupture radicale avec «avec les discours de ses prédécesseurs, critiqués pour la politique ‹françafricaine› menée depuis cinquante ans, pour les complicités de Paris avec des régimes africains corrompus.» – ainsi le voit Ngalasso. «On attendait un pétard. Ce fut un pet-en-pot bruyant mais sans consistance.» «Nicolas Sarkozy a rassuré les pouvoirs en place. Mais il s’est aliéné les jeunes, les dirigeants de demain.»

Par une analyse de la forme Ngalasso caractérise le discours ainsi: «Le discours […] sur le rôle positif de la colonisation, sur l’homme africain et son essence, a pris, tour à tour, les allures d’un serment, d’un cours et d’une conférence adressés à des auditeurs pris pour de grands enfants. C’est en cela qu’il est apparu paternaliste et néocolonialiste, donc inacceptable.»

Sarkozy ne travaille pas avec des phrases creuses. Il se sert de la soi-disant langue en caoutchouc qui suggère franchise et des intentions paisibles: «L’orateur caresse son public dans le sens du poil, tient des propos lénifiants, use de la diversion, de la flatterie et de la duplicité. L’exercice permet de concentrer la tension du public sur la performance de l’orateur davantage que sur le contenu du message […]. L’orateur n’a pas peur de mentir, de se payer de mots, de se payer la tête de ses interlocuteurs.»

Nous allons citer en exemple quelques extraits du discours de Sarkozy: «Je suis venu vous parler avec la franchise et la sincérité que l’on doit à des amis que l’on aime et que l’on respecte. J’aime l’Afrique, je respecte et j’aime les Africains.» En même temps, dans son discours, Sarkozy refuse de se repentir des dommages et des atrocités de la politique coloniale française ou de les réparer: «Nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères.» C’est à juste titre que Ngalasso fait la remarque que la repentance «est la moindre des réparations» que la victime est en droit d’attendre du bourreau ou de l’agresseur.

La vision de l’Afrique chez les présidents de la Cinquième République française9

Depuis Charles de Gaulle, les présidents de la République française se disent amis de l’Afrique. Le professeur agrégé de lettres, Odile Tobner, explique que la politique étrangère de la France n’a peu ou plutôt rien à voir avec de l’amitié. Le but était depuis toujours de rendre les pays africains dans la plus totale dépendance possible et de les rendre prêts à servir les intérêts de la France. L’attitude des présidents français envers ces pays allait du dédain jusqu’au mépris.10

Depuis les colonies, pendant la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle fit venir des soldats, des matières premières et de l’argent pour la Résistance. Il répondit aux mouvements de libération dans les colonies – sans succès d’ailleurs – par deux guerres cruelles et des réformes que Tobner décrit comme «l’avènement d’une politique de vassalisation» car l’armée et la monnaie restaient en main française. «Le comité d’action pour l’Afrique» installé à l’Elysée devait rendre les Etats africains Etats satellites de la France.

Chez Georges Pompidou, Tobner décrit «une parfaite contradiction entre la vision humaniste d’une Afrique qu’il faut aider à se développer, présente dans les discours, et la féroce politique de répression». Valéry Giscard d’Estaing réussit à installer au pouvoir des marionnettes dominées par la France et les soutint. Ce fut le cas au Tchad, au Zaïre, en Centrafrique, en Mauritanie et à Djibouti. Avec François Mitterrand et Jacques Chirac11 la persécution de dissidents et les pactoles avec les régimes corrompus dans la sphère d’influence française continuaient. La politique étrangère de Sarkozy poursuit cette tradition.

Les causes du sous-développement africain

En tant que spécialiste en économie, Demba Moussa Dembélé12 nous explique les raisons du sous-développement de l’Afrique. Son essai commence par les paroles de Frantz Fanon13 «Le colonialisme et l’impérialisme ne sont pas quittes avec nous quand ils ont retiré de nos territoires leurs drapeaux et leurs forces de police. Pendant des siècles, les capitalistes se sont comportés dans le monde sous-développé comme de véritables criminels de guerre. Les déportations, les massacres, le travail forcé, l’esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses réserves d’or et de diamants, ses richesses et pour établir sa puissance.»

A Dakar, Sarkozy disait ce qui suit: «La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique.» Dembélé oppose à Sarkozy ce qui suit: «Il n’en demeure pas moins vrai que c’est l’héritage colonial – aggravé par le fardeau d’une dette extérieure illégitime et les conditions-cadre tout aussi illégitimes imposées par la Banque mondiale et le FMI – qui constituent la cause principale de la crise que traverse le continent africain.» «Si M. Sarkozy avait un peu étudié l’histoire du capitalisme, il aurait su que la naissance et le développement de ce processus se sont faits avec le sang, la sueur et les ressources des peuples africains.» Déjà Karl Marx avait attiré l’attention sur le fait que l’esclavagisme14 avait rendu possible l’«accumulation primitive du capital». Avec la colonisation de l’Afrique commença le pillage de ses ressources.

Dans son analyse scientifique, Dembélé nous explique comment l’Occident, encore après la fin de l’époque coloniale, exploite les Etats africains et essaie de les tenir en dépendance. Ainsi fut attribué à l’Afrique, dans une sorte de division internationale du travail, le rôle d’un fournisseur de matières premières. Avec l’orientation de leur agriculture et économie pour l’exportation de produits primaires ou semi-transformés pour le marché international, les Etats africains souffraient et souffrent toujours de la baisse des prix qui a été causée par les subventions agraires des pays industrialisés.15 Ceux-ci ont inondé les pays africains avec des produits massivement subventionnés et détruisirent ainsi une partie de la production locale.

Pour compenser les pertes dans les exportations et les prix augmentés des importations, les Etats africains ont dû s’endetter auprès des créanciers étrangers qui assortissaient leurs crédits de certaines conditions.16 Ainsi ils pouvaient élargir leur influence sur les Etats africains et piller impudemment leurs ressources jusqu’aujourd’hui.

Quand, vers la fin des années 70, la crise de la dette commença, les Etats africains ont fait appel à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international avec pour conséquence l’explosion de la dette17. Les ajustements structurels et le service cumulé de la dette18 ont rendu exsangues les pays subsahariens avec des conséquences catastrophiques pour les populations. Dans les LDC africains (Least Developed Countries) «65% des habitants vivent avec moins d’un dollar par jour et près de neuf personnes sur dix vivent avec l’équivalent de deux dollars par jour.» Dembéle décrit les effets de la politique imposée par la Banque mondiale et le Fond monétaire international comme suit: «La libéralisation du commerce et des investissements, les privatisations des entreprises d’Etat et des services publics ainsi que les politiques d’austérité imposées aux gouvernements africains se sont traduites par l’effondrement de plusieurs secteurs de l’économie, l’affaiblissement de l’Etat, l’accroissement des inégalités et l’explosion de la pauvreté à une échelle sans précédent.» Il faut surtout mentionner qu’on trouve dans l’essai de Dembélé une large bibliographie de publications scientifiques sur des sujets différents.

Intermédiaires comme nœuds dans le système impérial

Dans son discours, Sarkozy essaie de rendre aux Noirs leur part de responsabilité pour l’esclavage et les autres crimes de l’époque coloniale et postcoloniale dans la même mesure qu’aux Blancs. E. H. Ibrahima Sall19 explique dans son essai la vraie valeur des collaborateurs africains dans le système impérial: «Tous les crimes organisés ont besoin d’intermédiaires. Le crime multiséculaire contre des Africains que fut l’esclavage ne saurait faire figure d’exception. Là, comme dans la colonisation, des Africains ont participé activement à un dispositif, conçu, programmé par des maîtres d’Europe pour servir un système destiné, essentiellement et d’abord, à fortifier des intérêts économiques occidentaux.»

Maintenir l’Afrique comme pré carré

Mahamadou Siribié20 parle dans son essai du discours que Sarkozy a prononcé lors de son élection à la présidence de la République. Le message de Sarkozy aux médias internationaux étant présents fut, de prime abord, qu’il voulait aider l’Afrique dans son combat contre la «pauvreté, la maladie et la misère». Sous ce brouillard de charité, Siribié dégage les intérêts géostratégiques et économiques de la France: «Mais aujourd’hui, l’Afrique se trouve au c?ur d’un nouvel enjeu géopolitique international. Le ‹pré carré› français en Afrique se trouve ainsi menacé dans cette nouvelle donne mondiale.» «Dans un contexte global caractérisé par de nouvelles configurations géostratégiques et face aux jeunes ‹intrus› comme la Chine, la Russie et les Etats-Unis», la France veut maintenir son pouvoir en Afrique. Des motifs semblables se trouvent aussi derrière l’affirmation française qu’on bombarde la Libye pour protéger la population civile.

Stop avec les interprétations eurocentriques de l’Afrique

Théophile Obenga21 démontre dans son essai que le discours de Sarkozy dégouline du paradigme d’un très vieux africanisme eurocentrique.22 Ainsi, Sarkozy croit, dans la chimère de la supériorité de l’Occident, devoir prêcher des valeurs et instructions pour le futur développement de l’Afrique. Evidemment, sous le leadership français avec des phrases creuses séduisantes comme «codéveloppement», «dialogue Nord-Sud», «nouveau partenariat», «Françafrique». Aujourd’hui, les intellectuels africains n’acceptent plus cette facon primitive de leur parler. «Même les singes de nos forêts n’y croient pas.» – commente Obenga d’un ton sec.

Les recherches africaines du XXe siècle ont libéré l’histoire et la culture des scories eurocentriques et rendu au continent africain sa dignité et la conscience de sa propre valeur. Sur cette base, aujourd’hui, les fondements de la civilisation pourraient être renouvelés: En défendant leurs devoirs et leur responsabilité dans le sens du bien commun, les peuples et nations pourraient se renouveler.

Souveraineté monétaire comme base de souveraineté politique

Mahamadou Siribié attire l’attention sur un important «instrument économique et politique d’assujettissement des pays africains francophones», le Franc CFA. C’est en 1946 que la France l’introduisit comme nouvelle monnaie et le lia d’abord au Franc français, puis après à l’Euro. Ainsi le contrôle de la monnaie dans les anciennes colonies resta en main française. Une véritable indépendance politique des Etats africains – selon Siribié – se ferait par «une totale indépendance économique, impossible à réaliser sans une maîtrise intégrale des instruments de la souveraineté étatique, dont la monnaie est le noyau. Le pouvoir économique ne confère-t-il pas le pouvoir politique?»

Pas de tenue en laisse française pour la jeunesse africaine

La manière importune dont Sarkozy s’adresse encore et encore à la jeunesse africaine est insupportable. Il lui demande de rompre avec la génération des pères, leurs valeurs et leurs traditions en disant: «Mais si vous choisissez la démocratie, la liberté, la justice et le droit, alors la France s’associera à vous pour les construire.» Djibril Tamsir Niane23 répond à une telle arrogance de façon suivante: «Mais la jeunesse africaine n’est pas celle que pense M. Sarkozy: de grands enfants attendant qu’on les prenne par la main pour marcher. Il faut savoir que la jeunesse du continent comprend parfaitement les enjeux de notre temps. […] Ils dénoncent avec des accents acerbes la gabegie, la corruption. Mais ils savent aussi que les grandes puissances sont pour beaucoup dans le malheur du continent.» La jeunesse africaine cherche ses modèles dans le riche trésor de l’histoire du continent noir, et non pas dans l’Occident – selon Niane. Entretemps la pluie des bombes de l’OTAN aura encore renforcé cette leçon d’histoire.      •

1          Le discours a été rédigé par Henri Guaino, con-seiller spécial de l’Elysée.

2          C’est le titre de l’essai d’Achille Mbembe, Cameroun, p. 57–72 ed. allemande. Il obtient son doctorat en histoire à l’Université de la Sorbonne à Paris. De 1988 et 2003, il est intervenu dans de nombreuses universités américaines. Actuellement, il enseigne l’histoire de l’Afrique et la politique africaine à l’Université de Witwatersrand à Johannesburg.

3          Depuis la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement français a investi des milliards dans les recherches sur l’Afrique, entre autre dans le cadre de l’Institut pour la recherche du développement et du Centre national de la recherche scientifique. D’après Mbembe, il est inexplicable comment – «quelqu’un peut, aujourd’hui encore, tenir des discours aussi déconcertants sur le continent africain sur l’arrière-plan d’un tel investissement».

4          Le texte intégral du discours du président de la République française à l’Université de Dakar en 2007 se trouve en français et en allemand dans: Peter Cichon, Reinhart Hosch, Fritz Peter Kirsch (Ed.), Der undankbare Kontinent? Afrikanische Antworten auf europäische Bevormundung, –

p. 19–56.

5          Une analyse détaillée se trouve dans: Mbembe, Achille. De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine. 2000 Paris, Karthala.

6          Titre de l’essai de Zohra Bouchentouf-Siagh, p. 59–86. Elle a fait des études de linguistique à Alger et à la Sorbonne et présenta sa thèse de doctorat en dialectologie et en sociolinguistique maghrebines.

7          Elle a fait des recherches sur la question: «Quel système de pensée, quelle idéologie nourrit son attitude à l’égard de territoires anciennement exploités par son pays, la France?»

8          L’auteur de cet essai (p. 297–340), Mwatha Musanji Ngalasso est professeur de sociolinguistique et linguistique africaine à l’Université Michel Montaigne de Bordeaux 3.

9          L’auteure de cet essai (p. 509–524) est professeure agrégée de lettres. Elle était mariée avec l’écrivain Mongo Beti, décédé en 2001. Avec lui elle a créé et dirigé la revue Peuples noirs – Peuples africains.

10        Jacques Foccart, qui dirigea le Groupe de travail Afrique à l’Elysée, décrit comment de Gaulle se prononça en sa présence sur les présidents africains venant à l’Elysée. «Vous savez, cela suffit comme cela avec vos nègres. Vous me gagnez à la main, alors on ne voit plus qu’eux: il y a des nègres à l’Elysée tous les jours, vous me les faites recevoir, vous me les faites inviter à déjeuner. Je suis entouré de nègres, ici. […] Foutez-moi la paix avec vos nègres; je ne veux plus en voir d’ici deux mois, vous entendez? […] Ce n’est pas tellement en raison du temps que cela me prend, bien que ce soit déjà fort ennuyeux, mais cela fait très mauvais effet à l’extérieur: on ne voit que des nègres, tous les jours, à l’Elysée.»

11        Tobner constate que Chirac a, «pendant ses douze années de présidence, chaudement félicité tous les vainqueurs d’élections truquées en Afrique».

12        Demba Moussa Dembélé a fait ses études universitaires en France et aux Etats-Unis. Il est économiste de formation, spécialisé en économie et finance internationales. Il a travaillé notamment au ministère de l’Economie et des Finances du Sénégal et comme chercheur associé à l’Institut de finance internationale à Washington. Il a collaboré avec des ONG sénégalaises et africaines sur l’impact des programmes d’ajustement structurel de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international et de la mondialisation sur le développement de l’Afrique. Le titre de son essai est «Méconnaissance ou provocation délibérée?» (p. 87–122)

13        Frantz Fanon, Die Verdammten dieser Erde. Frank-furt am Main, 1967. (Les Damnés de la Terre)

14        Dembélé attire l’attention sur le fait que «le conservateur de la Maison des esclaves de Gorée (Sénégal) qualifie (cette tragédie) à juste titre de ‹plus grand génocide de l’Histoire›». L’historien Cheikh Anta Diop part de l’hypothèse que l’Afrique a perdu plusieurs dizaines de millions d’hommes par l’esclavagisme. Cheikh Anta Diop (1987), L’Afrique noire précoloniale, Paris, Présence africaine. Les conséquences économiques et sociales pour l’Afrique se font sentir encore aujourd’hui. Diop-Maes, Marie-Louise (2007), Mémoire de la traite négrière. Conséquences sur l’Afrique. Supplément du Monde diplomatique, novembre 2007.

15        Les pays de l’OCED «dépensent plus d’un milliard de dollars sous forme de subventions agricoles par jour. Les dépenses annuelles au titre de ces subventions sont plus de six fois supérieures à l’‹aide› accordée aux pays du Sud.» – selon Dembélé.

16        C’est ainsi «que la plupart des dettes contractées par les pays africains étaient liées à des achats des produits et services des pays prêteurs à des prix supérieurs aux prix du marché. […] En outre, une bonne partie des prêts étaient assortis de taux d’intérêt exorbitants.» – d’après Dembélé.

17        En 2004, le rapport de la Cnuced constate: «La dette extérieure de l’Afrique a sensiblement augmenté entre 1970 et 1999 […]. L’endettement extérieur total a ensuite considérablement augmenté pendant les ajustements structurels des années 1980 et au début des années 1990, atteignant un sommet de près de 340 milliards de dollars en 1995 […].»

18        «Entre 1980 et 2002, l’Afrique subsaharienne avait payé plus de 250 milliards de dollars sous forme de service cumulé de la dette, soit environ quatre fois le montant de la dette de 1980.» – ainsi Dembélé.

19        E. H. Ibrahima Sall a fait des études à Paris et aux Etats-Unis. Il a travaillé dans la Société Financière Internationale du groupe de la Banque mondiale, Programme des Nations Unies pour le développement, consultant auprès de l’OCDE à Paris. Il a été ministre du Plan et de la Coopération de la République du Sénégal. Il occupe actuellement les fonctions de président de l’Université Polytechnique de L’Ouest Africain. Son essai est intitulé: «Les archipels des faux-semblants (p. 455–469).

20        Mahamadou Siribié a fait des études de sciences politiques à l’Université de Nice. Depuis 2008 il est conseiller municipal de Grasse, Département des Alpes-Maritimes. Son essai porte le titre: «Violence symbolique d’un discours crépusculaire». (p. 471–497)

21        Théophile Obenga est professeur de langue ancienne égyptienne, de linguistique comparée et d’histoire culturelle ancienne. Il a enseigné dans plusieurs universités en Afrique et aux USA. Son essai est intitulé: «Africanismes eurocentristes: source majeure des maux en Afrique».

(p. 383–409)

22        Ce point de vue donne aux Européens soi-disant supérieurs, soit les Blancs, le droit et le devoir de civiliser, de tenir sous tutelle et d’exploiter les soi-disant Noirs inférieurs. Sur cet arrière-fond ont été fabriquées, dans le premier et deuxième monde, des idées sur la culture et l’histoire africaines qui n’ont rien à voir avec la réalité. «Elles servaient le but de maintenir la tutelle, de dominer et d’exploiter» dit Obenga.

23        Djibril Tamsir Niane est historien et écrivain, membre du Comité scientifique international pour la rédaction de l’histoire générale de l’Afrique (Unesco) et membre du Comité scientifique international de «Route de l’Esclave» (projet Unesco). Son essai est intitulé: «L’homme noir culpabilisé». (p. 357–382)

24        La présente publication fut soutenue par le Département culturel de la ville de Vienne, par le doyen de la faculté des lettres de l’Université de Vienne et par l’institut de romanistique de l’Université de Vienne. M. Gerald Hödl de l’Institut des sciences africaines de l’Université de Vienne a apporté son aide rédactionnelle.

25        Césaire Aimé, Über den Kolonialismus (Discours sur le colonialisme), Berlin 1955. (www.archive.org/details/DiscoursSurLeColonialisme )

26        Cité d’après: L’Afrique répond à Sarkozy, p. 485

Ci-dessous, nous vous indiquons tous les auteurs et les titres de l’ouvrage «L’Afrique répond à Sarkozy – Contre le discours de Dakar».

Makhily Gassama, Le piège infernal

Zohra Bouchentouf-Siagh, Duplicité et trafic de l’histoire

Dema Moussa Dembélé, Méconnaissance ou provocation délibérée?

Mamoussé Diagne, L’ignorance n’excuse pas tout

Souleymane Bachir Diagne, La faute à Hegel

Boubacar Boris Diop, Françafrique: Le roi est nul

Babacar Diop Buuba, Eclairage sur un patchwork

Dialo Diop, Un nouvel impair de Thabo Mbeki

Koulsy Lamko, Valse à temps variable de Sarkozy à Dakar

Gourmo Abdoul Lô, L’insoutenable légèreté d’un «ami franc et sincère»

Louise-Marie Maes Diop, Des propos sidérants sur l’Afrique

Kettly Mars, Résonances outre-atlantiques

Mwatha Musanji Ngalasso, Je suis venu vous dire … Anatomie d’un discours néocolonial en langue de caoutchouc

Patrice Nganang, Lettre au benjamin

Djibril Tamsir Niane, L’homme noir culpabilisé

Théophile Obenga, Africanismes eurocentristes: source majeure des maux en Afrique

Raharimanana, Le silence français

Bamba Sakho, Entre ruse et archaïsme

E.H. Ibrahima Sall, Les archipels des faux-semblants

Mahamadou Siribié, Violence symbolique d’un discours crépusculaire

Adama Sow Diéye, Consternation

Odile Tobner, La vision de l’Afrique chez les présidents de la Cinquième République française

Lye M. Yoka, Francophonie: L’alibi et le doute

Au sujet des discours présidentiels des cinquante dernières années

«Ces cinquante ans de discours présidentiels mettent en évidence le malentendu tenace qui est la conséquence d’une colonisation jamais objectivement évaluée, jamais assumée. Ce sont des discours qui, tous, tombent de haut, discours sans réplique. Les quelques grandes voix africaines qui se sont élevées n’ont jamais été entendues. Aujourd’hui, les Africains s’autorisent à faire leur histoire et celle de leurs conquérants, de leur propre point de vue, qui n’a jamais été requis, et pour l’instruction de leurs peuples, qui ont besoin de se fonder en dignité. L’histoire n’est qu’un point de vue sur les choses, plus ou moins large, plus ou moins riche, mais jamais total. L’équilibre du monde exige qu’on entende toutes les voix et qu’on mette fin au monologue de la parole et au monopole du pouvoir qui conduisent au délire et à l’horreur.»

Odile Tobner

Les causes du sous-développement africain

«L’esclavage et la colonisation ont été les deux modes de contact, deux facteurs qui ont marqué à jamais le développement économique et social de l’Afrique. Ils ont non seulement détruit les économies et structures sociales de la société précoloniale, mais ils ont également procédé à la destruction systématique de la culture et de la mentalité africaines. Donc, les problèmes actuels de l’Afrique ne s’expliquent ni par le manque d’‹intégration› au monde, ni par le retard de cette intégration. L’explication réside plutôt dans la manière dont l’Afrique a été intégrée à l’économie mondiale capitaliste, qui a prospéré sur le sang et la sueur de ses enfants et le pillage éhonté de ses ressources.»

Demba Moussa Dembélé

Les pays du Sud observent ce que les puissants du Nord font, et ne se contentent pas de ce qu’ils disent

hhg. A Dakar, Sarkozy faisait la leçon à son audience: «Il a pris (le colonisateur) mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir.»

De telles paroles peuvent fasciner et convaincre des auditeurs européens ou américains. Pour les auditeurs en Afrique, en Amérique latine et en Asie est réveillé le souvenir de plus de 500 ans d’histoire coloniale. Nous citons à leur place Aimé Césaire (1955): «On me parle de progrès, de ‹réalisations›, de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes. Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, de cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées. On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemins de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.»25

C’est avec grand soin que les scientifiques des pays du Sud ont rassemblé source après source leur histoire, l’ont passée en revue pour la faire surgir de la nuit de l’oubli et la présenter au monde. Les hommes en Europe et en Amérique doivent prendre connaissance de ces témoignages, en tirer des leçons pour l’avenir et agir. Les pillages néocoloniaux de la Yougoslavie, de l’Afghanistan, de l’Irak et de l’Afrique au nord et au sud du Sahara seront également gardés dans la mémoire de ces peuples. Si l’on ne commence pas à repenser cette situation, on demandera des comptes au premier et au deuxième monde au sujet de ces crimes contre l’humanité, car la Cour internationale ne pourra pas donner raison aux puissants jusqu’au jugement dernier.

Le chemin de l’Afrique vers l’avenir

«L’Afrique n’a pas besoin de ‹charité›. Ce dont elle a besoin, c’est qu’on la laisse définir sa propre vision de ce que doit être son développement ainsi que la voie et les moyens d’y arriver. […] L’Afrique ne doit plus accepter qu’on lui dicte des politiques contraires à ses intérêts. C’est un avertissement à M. Sarkozy et à l’Europe, que l’Afrique a cessé d’être ‹naïve›, qu’elle ne se laissera plus dicter ses choix par qui que ce soit, et qu’elle ne sera plus jamais la ‹proie des prédateurs› actuels et à venir! Il faut continuer dans cette voie. Les peuples et dirigeants africains doivent émanciper leurs mentalités, décoloniser leur esprit afin de retrouver leur dignité et leur fierté pour prendre en main avec détermination leur propre destinée. Il faut que les Africains se réapproprient le débat sur le développement de leur continent. Ils doivent refuser que d’autres parle nt en leur nom et dictent à l’Afrique ce qu’elle doit faire. Il faut abolir les structures héritées de la colonisation et mettre fin à l’ingérence des institutions financières internationales. Il faut détruire la mentalité de la dépendance étrangère et discréditer l’idée que c’est l’‹aide› extérieure qui va développer l’Afrique.»

Dembélé, p. 118 sq.

Thomas Sankara26 dans son discours de 1987 lors du sommet de l’ancienne Organisation pour l’unité africaine (OUA):

«La dette sous sa forme actuelle est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers, faisant en sorte que chacun de nous devienne esclave financier, c’est-à-dire esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer les fonds chez nous avec l’obligation de les rembourser.»

Des intellectuels européens font preuve de responsabilité

hhg. Des chercheurs en linguistiques et en lettres, participant à la recherche et l’enseignement de l’Institut de romanistique de l’Université de Vienne, ont partagé l’indignation des intellectuels africains et ont décidé de rendre accessibles aux lecteurs de langue allemande plusieurs de ces essais. Ils ont choisi des textes «qui avaient réagi par une critique particulièrement fondée et réfléchie à l’ethnocentrisme grandiloquent du discours de Sarkozy». En 2010, Peter Cichon, Reinhart Hosch et Fritz Peter Kirsch ont publié le recueil24 «Der undankbare Kontinent? Afrikanische Antworten auf europäische Bevormundung, [Le continent ingrat? Réponses africaines au paternalisme européen].

Des intellectuels européens font ainsi preuve d’une responsabilité que tout intellectuel devrait avoir envers ses semblables dans son propre pays et dans le monde entier: exposer les résultats scientifiques de façon compréhensible pour tout le monde et agir ainsi dans l’intérêt du bien commun. Les éditeurs parlent dans ce contexte du «devoir de la sincérité intellectuelle». Cette éthique est la base indispensable de toute formation. En rendant accessibles ces recherches africaines, les éditeurs participent au réseau international de l’opposition à la mondialisation sous toutes ses formes et nuances dans les pays du Sud et du Nord. Nous leur en sommes très reconnaissants.

http://www.horizons-et-debats.ch/

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