ami Abdel Rahmane s’efforce de prouver son existence – et son objectivité


Guy Delorme

Jeudi 4 Août 2011

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Tout vient à point à qui sait attendre : le mystérieux Rami Abdel Rahmane, patron de l’ « Observatoire syrien des droits de l’homme » (OSDH) – qui a donc le quasi-monopole de la fourniture des bilans chiffrés de la contestation syrienne – sort – un peu – de l’ombre. Nous n’osons croire que nous sommes pour quelque chose dans cet « outing »  – et nous espérons vraiment que nous n’avons pas été les seuls, dans l’immensité de la sphère médiatique, à nous poser des questions aussi « basiques » quant à l’identité, aux moyens et aux intentions de ce (dés)informateur ! Ajoutons que sur son site – disponible uniquement en arabe – l’OSDH annonce que son directeur est actuellement victime d’une « campagne de dénigrement (…) des moukhabarats (services de sécurité syriens, Ndlr) et des mercenaires« . On suppose qu’Infosyrie.fr occupe une place en vue au sein de ces « mercenaires« .

Donc l’homme, dont nous avons pu penser qu’il pourrait être installé à Stockholm (voir nos articles des 18 et 25 juillet, et du 2 août, ainsi que le démenti à la fin de cet article), vient d’accorder un entretien à l’AFP pour la chaîne francophone TV5 – et le site du quotidien libanais L’Orient-Le Jour. C’est le correspondant de Nicosie (Chypre) de l’AFP qui a recueilli ses confidences.

Quand nous disons que R.A. Rahmane sort de l’ombre, tout est relatif : l’entretien a été réalisé par téléphone. On y apprend peu, mais les informations sur cet homme-clé de la crise syrienne étaient jusqu’à présent si rares que nous ne pouvons nous montrer trop exigeants.

200 portables démocrates contre Bachar al-Assad

Alors voilà, Rami a(urait) 40 ans et serait né à Banias, sur la côte syrienne. Il est entré en dissidence bien avant le mouvement actuel puisque, à l’en croire, c’est à l’âge de… sept ans que lui serait venue sa vocation de dénonciateur des turpitudes du régime baasiste : « J’ai vu ma grande soeur battue par des agents de sécurité » explique-t-il.

33 ans donc après cet incident fondateur, R.A. Rahmane tient sa revanche : son « observatoire » théoriquement basé à Londres, centralise les informations qui lui sont fournie par un réseau de 200 – pas plus pas moins – collaborateurs bénévoles – des « militants syriens des droits de l’homme » . Qui donc l’informent « minute par minute » des événements sur place. Parce que Rahmane – comme tous les cyber-dissidents en vue – n’est évidemment pas sur place – il est « loin de son pays » selon l’AFP -, mais il est – qu’on se rassure – le seul militant du réseau OSDH à vivre à l’étranger. Etonnant d’ailleurs cette « solitude » alors que, comme le fait remarquer un de nos lecteurs, les pays occidentaux fourmillent apparemment de défenseurs syriens ou arabes des droits de l’homme, en exil permanent et actif !

Comment fonctionne ce réseau ? Les 200 « honorables correspondants » – des « gens normaux » dixit Rahmane – sont reliés au directeur de l’OSDH par le réseau de téléphonie internet Skype, sans oublier les incontournable Facebook et Twitter, mais aussi par les courriels… et des portables utilisant des numéros cachés. Naturellement, pour des raisons de sécurité, les 200 ne se connaissent pas entre eux.

Comme l’écrit le journaliste de l’AFP, « l’OSDH s’est imposé dans le paysage médiatique international comme l’une des principales sources d’information sur le mouvement de contestation qui vise depuis plus de quatre mois le régime syrien. » En français, on appelle ça une litote : l’OSDH  est quasiment le seul fournisseur de chiffres concernant les victimes de la répression – au nombre desquelles ne figurent pas, ou ne sont pas décomptées les victimes civiles ou militaires des opposants armés, l’OSDH fournissant toujours un bilan global de victimes civiles, toutes présumées innocentes, pacifiques et opposées au régime Bachar. C’est aussi à lui qu’on doit les chiffres, impressionnants autant qu’invérifiables et invraisemblables, sur les rassemblements de l’opposition – « 500 000 à Hama« , « Un million 200 000 à Hama et Deir Ezzor » (voir notre article « La calculette de R.A.Rahmane s’affole » ).

Il est donc on ne peut plus normal qu’on se pose et repose des questions sur l’identité, les soutiens et les vues politiques du détenteur de ce monopole. L’AFP se croit obligée d’indiquer que R.A. Rahmane a « des opposants » qui l’accusent d’appartenir à la confrérie syrienne des Frères musulmans et de travailler donc pour eux. Lui répond : « Je suis indépendant. Je n’appartiens pas aux Frères musulmans, ni au parti communiste » (lequel PCS est associé au Baas au sein du Front National Progressiste, soit dit en passant). Rahmane se décrit – ça ne mange pas de pain -comme un simple « militant des droits de l’homme », et se réclame de Michel Kilo, journaliste et politologue syrien, et opposant de longue date au régime baasiste, qui a notamment été emprisonné de 2006 à 2009 pour ses critiques contre le manque de démocratie et la présence syrienne au Liban. Effectivement, par ses positions pro-démocratie, sa neutralité religieuse, sa stature intellectuelle et les risques qu’il a couru, Kilo est une référence commode pour tout opposant, cyber ou pas.

L’AFP n’hésite pas à louer la « prudence » de R.A. Rahmane dans le traitement des infos qui lui parviennent de Syrie. Vraiment ?  Où est la « prudence » quand les rédactions de France et d’ailleurs sont ravitaillées quotidiennement – et plusieurs fois par jour – de chiffres de tués, en provenance des quatre coins du pays, quand l’opinion internationale se voit asséner chaque vendredi qu’Allah fait, des estimations mirobolantes à propos de manifestations ne réunissant jamais moins, à Hama, de 500 000 personnes – soit la quasi-totalité de la population de la ville, une fois qu’on a décompté les enfants !

Au fait, Rami Abdel Rahmane, mythe ou réalité ?

En résumé, on reste sur sa faim au terme de cet entretien retranscrit. Et pour cause, rien de ce qu’avance R.A.Rahmane – enfin, pour être précis, l’homme qui a accordé l’entretien téléphonique au correspondant de Nicosie de l’AFP – n’est vérifiable : il en va de ses 200 correspondants comme des 140 ou 150 victimes civiles de la répression à Hama à l’ouverture du Ramadan, on est obligé de le croire sur parole. Idem en ce qui concerne son « indépendance », notamment financière. « Nous ne recevons de l’argent de personne » affirme-t-il. Ou alors seulement des 200 – ou 199 – membres de son réseau, dont il a pourtant précisé qu’ils étaient des « gens normaux » avec donc sûrement des moyens normaux…

Si au moins, « ce » Rami Abdel Rahmane acceptait de donner un entretien vidéo, à visage découvert – depuis son exil londonien – on serait d’avantage convaincu de son existence, et donc de son honnêteté.

Le Rami Abel Rahmane de Stockholm, que nous avions mis en cause sur la base des informations dont nous disposions, vient de publier une sorte de démenti officiel sur son blog (voir ci-dessous) : pour lui, il y a deux R.A. Rahmane, un Syrien de Londres, et un Jordanien de Stockholm (lui). Dont acte, mais nous maintenons que le programme de formation auquel il travaille depuis la Suède – le YLVP – a pour but d’aider, via les médias du net, à conduire des changements dans les pays arabes, et qu’un cyber-dissident déclaré comme Wissam Tarif est associé à ce même programme. Il y a là de quoi se poser – toujours – des questions.

Mais osons, à ce stade, une hypothèse audacieuse : le Rami Abdel Rahmane de l’OSDH de Londres existe-t-il vraiment ? N’est-il pas une création  de toutes pièces d’officines secrètes ou discrètes, un « avatar » servant à diffuser des fausses nouvelles comme Internet permet d’en diffuser tant. Le niveau atteint par les technologies – et aussi par l’hystérie anti-Bachar – rendent plausible cette éventualité. Après tout, sur le sujet, on n’en est pas à la première manipulation !

Voici à présent le démenti de R.A. Rahmane de Stockholm dont nous faisions état plus haut :

There are 2 Rami Abdelrahman, I am not the Syrian one!

Recently there has been another Rami Abdelrahman whose being quoted a lot in the media regarding what is happening in Syria. Apparently, the other Rami Abdelrahman is a Syrian based in London and working for a Human Rights Observatory. I am not him, I have never been in touch with him and I am not an expert on Syria.I am from Jordan and I am based in Stockholm, Sweden. I have been working as a journalist since 1999, both in Jordan and in Sweden, but never anything related to Syria. I did meet Syrian activists on many occasions where I met activists from the Middle East and North Africa, but it is very important to highlight that there are TWO Rami Abdel Rahman. I am the Jordanian one in Sweden. Not the Syrian one in the UK.I am writing this after I received one call from a Croatian journalist who thought I was the Syrian one. The other reason is that infosyrie.fr also had some doubts about the two identities. Thankfully they cleared the issue here http://www.infosyrie.fr/decryptage/mais-enfin-qui-est-et-ou-est-rami-abdel-rahmane/. And I am in touch with them to make sure that they see that we are two different persons and that I am not the one dealing with Syria.

http://www.infosyrie.fr

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