Résistance politique: l’esprit critique est source de progrès La guerre psychologique pour la connaissance La dissonance cognitive est-elle une étape nécessaire de la libération intellectuelle ?


clip_image001

“Ce que l’histoire révisioniste nous enseigne est que notre inertie de citoyen à abandonner le pouvoir politique à une élite, a coûté au monde environ 200 millions de vies humaines entre 1820 et 1975. Ajoutons à cela la misère non dite des camps de concentration, des prisonniers politiques, de l’opression et de l’élimination de ceux qui essaient de faire parvenir la vérité en pleine lumière… Arrêtons le cercle infernal du pillage et des récompenses immorales et les structures élitistes s’effondreront; mais pas avant que la majorité d’entre nous trouve le courage moral et la force intérieure de rejeter le jeu frauduleux qu’on nous fait jouer et de le remplacer par des associations volontaires, des communes volontaires ou des sociétés décentralisées, pourrons-nous arrêter le pillage et le massacre.” (Antony Sutton, 1977, historien et économiste britannique, professeur à l’université de Stanford, Californie)

– “J’essaie de réécrire l’histoire afin de refléter le point de vue de ces gens qui en ont été exclus; parce que l’histoire que nous avons eu jusqu’à présent n’a été que l’histoire vue d’en haut, l’histoire du point de vue des politiciens, des généraux, des militaristes et des industriels. Oui je désire changer cette histoire pour enfin donner une idée de ce que les gens normaux ont souffert et de ce que les gens ordinaires ont fait pour changer leur vie.”

(Howard Zinn, historien et activiste, professeur à l’université de Boston)

Quelle est la différence fondamentale entre le monde du XXème siècle et celui de ce début de XXIème siècle ? Le monde du XXème siècle était fondé essentiellement sur la tentative de résolution de conflits idéologiques ouverts et qui ne prêtaient (en apparence) pas à confusion: Les impérialismes allemands et de leurs alliés confrontés et vaincus lors des deux guerres mondiales; le long conflit qui eut lieu par proxy entre le monde occidental dit libre et sa contrepartie totalitaire communiste d’état.

L’information divulguée n’était pas discutée, il n’y avait pas vraiment lieu d’en douter puisque les situations historiques qui se présentaient étaient suffisamment simples pour que les citoyens choisissent un camp sans risquer de se tromper. Car somme toute, combattre et résister à des invasions est légitime, combattre un impérialisme de surcroi nazi ou stalinien l’est même d’autant plus. Il est plus facile pour les citoyens de se sentir concernés et de s’impliquer s’ils sont les victimes d’agressions réelles ou supposées idéologiques ou physiques.

Le XXème siècle était un monde de “certitudes” qui a renforcé l’occident dans son confort intellectuel d’être “juste et bon”.

Mais qu’en est-il lorsque l’ennemi n’est plus là (le dernier en date étant le communisme d’état, officiellement disparu en 1991) ? Qu’en est-il lorsque l’occident manifeste une certaine volonté hégémonique (qui fut toujours présente dans l’Histoire et dont les colonialismes à travers différentes périodes en furent les stigmates les plus importants, mais le plus souvent gommée par les conflits internes) ? Il redevient alors important pour les dirigeants de recanaliser les énergies populaires contre une menace, un ennemi, réel ou s’il n’y en a pas (plus), fabriqué.

Le 11 Septembre 2001 a fournit cet alibi. Depuis, de “guerre contre le terrorisme” en guerres ouvertes contre le nouvel ennemi créé en 1992 déjà par l’idéologie néolibérale de Samuel Huntington et sa théorie du “choc des civilisations” entre le monde occidental et le reste du monde (surtout musulman), théorie reprise sous la forme d’un article publié en 1993 dans la revue du CFR “Foreign Affairs” et endorsée par l’élite politico-économique néolibérale. Les idéologues néoconservateurs adaptèrent la théorie d’Huntington au choc des cultures judéo-chrétienne et musulmane.

Après la résolution (toujours apparente) de ses conflits internes par la guerre, le monde occidental pouvait se reconsacrer à une forme de néocolonialisme sous couvert de se protéger d’agression et de haine culturelle extérieures à son encontre. Le problème majeur survenait alors avec le naratif des évènements terroristes du 11 Septembre 2001, qui après avoir remplit son rôle fédérateur de l’opinion publique américaine et occidentale (dans sa vaste majorité) pour une rétaliation à l’encontre des supposée responsables des attentats, finît par mettre à jour néanmoins un certain nombre de problèmes posant toute une série de questions dont les réponses définitives doivent toujours être apportées.

Au fil des années, la théorie officielle du complot initial s’est non seulement étiolée, mais a permis de mettre à jour par toute une série d’enquêtes alternative et citoyenne, une face cachée des activités des gouvernements et des états. Ainsi le public médusé a commencé à apprendre et se familiariser au fur et à mesure de ce que sont les attaques sous fausse bannière et les opérations secrètes menées par tous les gouvernements depuis des siècles.

Quand le public lit au sujet des attaques sous fausses bannière, qu’Hitler et ses services organisèrent l’incendie du Reichstag en 1933, blâmant les faits sur les communistes de façon à pouvoir renforcer leur pouvoir liberticide en créant ce qui fut le “patriot act” d’alors et son féroce gardien: la police secrète d’état, ou tristement célèbre gestapo; ou qu’Hitler et son état-major fabriquèrent l’incident de la frontière germano-polonaise en 1939 afin de créer le prétexte de l’invasion de la Pologne par leur armée impérialiste, il se dit: “quoi de plus normal dans l’esprit dérangé de ce fou et de sa clique de criminels” ?

Mais lorsque des documents déclassés font état d’opération secrète comme celle de l’opération Northwoods, concoctée par le grand état-major américain au début des années 1960 et qui prévoyait le détournement d’avion de lignes par des “terroristes cubains” contrôlés par la CIA pour les écraser sur des villes américaines, ou le placement de bombes pour tuer de manière aléatoire des civils dans les rue des grandes villes états-uniennes et de blâmer les attentats sur Cuba pour forcer une intervention et une invasion du pays par les forces américaines; ou que des documents et témoignages prouvent sans l’ombre d’un doute que le fameux “incident du golfe du Tonkin” qui servît de prétexte aux Etats-Unis pour entrer physiquement en guerre contre le Vietnam, n’a jamais existé que dans l’imagination des militaires américains et d’un cercle restreint en haut du pouvoir à Washington…

Que penser ? Comment le citoyen peut-il gérer ces révélations qui remettent ou peuvent remettre en cause tout un paradigme de la connaissance supposée et donc existentiel ?

Il y a essentiellement deux types de personnes et ce quelque soit le niveau social de l’individu: les personnes enclines à remettre en cause leurs acquis, croyances et connaissances à la lumière d’une nouvelle information dont on peut difficilement douter, car présentée avec forces preuves documentées ou d’évidences scientifiques. Ces personnes ne constituent pas la majorité d’une population. Elles sont en règle générale, des personnes capables de pensée critique, non sectaires et donc peu enclines à se laisser guider mentalement.

La vaste majorité des populations est constituée de personnes dont l’inconscient collectif a été façonné de longue durée à grands renforts de mythes propagandistes. Pour ces personnes, croyances et attitudes, fonctionner “dans le moule” sont devenus une seconde nature qui a supplantée le naturel investigateur et critique de l’humain. Ainsi pour la vaste majorité des gens, la confrontation avec une connaissance nouvelle en conflit avec leurs croyances et connaissances, suscite un décalage, une “gêne”, qui a été étudiée par la psychologie sociale et qui porte le nom de dissonance cognitive. D’après une définition du dictionnaire de la psychologie: “ Un concept expliqué par Léon Festinger dont la proposition principale stipule que chaque individu lutte pour maintenir une forme de constance entre leurs différentes connaissances. S’il apparait une inconstance notable, ceci produira un état de dissonance cognitive que l’individu percevra comme étant inconfortable et tentera de corriger. La dissonance est atténuée par l’ajustement d’une des croyances ou attitudes impliquée dans l’inconstance afin que le conflit disparaisse.”

– Stratton et Hayes, dictionnaire de la psychologie (1999)

Cette théorie de la psychologie sociale fut étudiée en détail par le professeur Léon Festinger de l’université de Stanford et les résultats de son étude publiés dans son livre “Une théorie de la dissonance cognitive” (1957). Cette théorie fut adaptée à bien des secteurs des sciences et activités humaines et c’est l’historienne Barbara Tuchman qui adapta ces concepts à la perception de l’histoire à la fois par ses experts les historiens, mais aussi par la masse des gens confrontés au naratif historique et à la découverte de ses omissions. Elle y fit référence dans son ouvrage “The march of folly: from Troy to Vietnam” publié en 1985. La question posée est la suivante:

Comment réagissent des gens devant une ou des informations qui menacent leurs croyances, leur statut social, leur position dans la profession, leur expertise reconnue, voire leur pouvoir politique ? Tuchman analyse que ces individus confrontés à une dissonance cognitive passent le plus souvent par trois étapes pas nécesairement chronologiques:

-       Etape 1: caractérisée par le déni, généralement par le truchement d’une attitude du style: “ne me dérangez pas avec cette information, mon opinion est faite sur le sujet”

-       Etape 2: caractérisée par une forme de dénigrement ou de minimisation de la signifiance de l’information présentée, généralement ceci se traduit sous la forme de phrases telles que: “Oh oui, nous en avons entendu parlé, cela n’a vraiment pas d’importance…” ou “si vous aviez les informations que nous avons, vous vous rendriez compte que ce n’est pas du tout ce que vous croyez”.

-       Etape 3: caractérisée par le mensonge. A ce stade, il n’est plus possible de nier l’évidence. L’intéressé le sait et il sait également que les autres savent qu’il sait. Ainsi le mensonge est vu comme un moyen de sortir de l’impasse.

Ces étapes ne sont pas exclusives l’une de l’autre. Une personne n’a pas non plus à passer de l’étape 1 à la 2 puis la 3; en fait la même personne peut évoluer simultanément dans les trois niveaux.

Prenons un exemple assez classique: le fumeur. Confronté à l’information maintenant vérifiée que le tabac nuit à la santé, le fumeur souvent minimisera l’impact de l’information et de la dissonance cognitive qui en découle en déclarant des choses telles que: “Oh, vous savez, il n’y a pas que les fumeurs qui ont des cancers de la gorge, des poumons ou des maladies cardio-vasculaires”, ou alors le bottage en touche complet: “il faut bien mourir de quelque chose”.

Prenons le cas d’une personne bien conforme et moulée dans la société de consommation à laquelle on demanderait: pensez-vous que les attentats du 11 septembre 2001 aient pu être perpétrés par une faction du gouvernement américain ? Il y a de fortes probabilités que cette personne dira: non !

On lui demande ensuite: pourquoi ? Une des réponses classiques est la suivante: parce qu’aucun gouvernement ne pourrait faire une chose pareille à son peuple.

Argument de bon sens validée par la croyance que les gouvernements démocratiques étant les représentants des peuples, ceux-ci n’ont que les intérêts des peuples et l’intérêt général en tête. Présentons maintenant à la personne les évidences que les gouvernements ont comploté contre leurs peuples au point de s’impliquer de fait ou par intention dans des actes criminels à leurs égards (donnons à lire les documents déclassifiés de l’opération Northwoods citée plus haut, opération qui ne vît pas le jour puisque le président Kennedy l’annula et vira le chef d’état-major responsable de ce projet; ou les documents révélant les exactions de l’opération Gladio menée par les armées secrètes de l’OTAN en Europe durant la guerre froide, qui culmina avec l’attentat de la gare de Bologne en 1980, qui fut blâmée sur les extrémistes de gauche alors qu’il fut perpétré par le réseau Gladio afin de discréditer les partis communistes alors puissants en Europe, surtout en Italie et en France…), quelle sera la reaction de la personne questionnée ?

Une certaine dissonance cognitive se fera jour. La personne sera t’elle prête à remettre en cause ses croyances et opinions sur la question ? Possible, c’est la phase de “réveil” des consciences, phase où l’individu est enclin et motivé à rechercher l’information par lui-même pour voir s’il arrivera aux mêmes conclusions effrayantes. Ou alors la personne se lancera dans le circuit des étapes de la minimisation de la dissonance afin de rester dans sa zone de confort.

La vie quotidienne actuelle peut devenir un champ de dissonances cognitive, car de fait tous les sujets politico-sociaux peuvent et doivent mener au doute. La dissonance cognitive se situe également au niveau scientifique, car des informations contradictoires sur des sujets tels que le réchauffement climatique anthropique (l’humain est-il la cause d’un réchauffement climatique global ?…  Y a t’il un réchauffement climatique global), l’origine du pétrole (biotique, abiotique et la relevance de la théorie du “pic pétrolier” du Hubbart qui induit la rareté du produit), les pandémies (réalité ou fiction ? Les vaccins sont-ils ce qu’on nous dit qu’ils sont ? L’industrie pharmaceutique dans son ensemble a t’elle un autre agenda que celui de la santé ?). Nous nageons de fait dans un océan potentiel de dissonance cognitive, pourquoi ? Parce que toutes les informations sur bien des sujets ne sont pas présentées, elles sont omises ou mal représentées de façon à maintenir un consensus du statu quo cognitif favorable aux intérêts en place. Ce que nous devons savoir est contrôlé par la classe dirigeante pour laquelle la situation idéale est de ne même jamais arriver au stade de cette dissonance cognitive et de garder les citoyens dans la ligne de la pensée unique prévalente. Comment ?

Par la propagande, la relation publique, l’établissement de dogmes qui ressassés à l’infini deviennent la norme. Si nous regardons les différentes étapes d’éradication de la dissonance cognitive, nous nous apercevons que tout n’est que rapport de forces. Si la puissance des arguments propagandistes est plus forte que la puissance des contre-vérités, alors les chances pour que le dogme prévale seront plus élevées. Pour paraphraser le rédacteur en chef d’un journal américain, ce n’est pas la vérité qui est importante, mais ce que les gens pensent qui est vrai.

Ceci est une porte ouverte, une invitation à toutes les manipulations possibles et imaginables et un superbe exemple de la déontologie galvaudée de la profession journalistique, même s’il serait hâtif de généraliser. Celles-ci ont lieu quotidiennement… à tous les niveaux.

Ainsi, si les éléments contre-propagandistes pointant vers des faits et théories établis sont amenés massivement à l’intention des citoyens, le rapport de force peut en être bouleversé car plus la vérité surgira à l’analyse du grand nombre et plus la dissonance cognitive, pour l’heure favorable à la pensée dogmatique utile au contrôle de la pensée collective, s’estompera. Il suffit de renverser les valeurs, car en y réfléchissant bien, dans un monde parfait ou seule la vérité règnerait, cette dissonance cognitive n’aurait plus de raison d’être car il n’y aurait plus de conflits; seuls des ajustements de la connaissance devrait s’effectuer au fur et à mesure que celle-ci se développerait en tout domaine. Ceci serait un processus fluide et non conflictuel.

Nous devons aller au-delà du miroir de cette société du spectacle mensongère dont les dirigeants ont déclaré la guerre à nos esprits et notre culture. Le mensonge ne se fait que par intérêt en cela le seul antidote contre le mensonge est l’égalité, retirons la source même du mensonge: l’intérêt, soit-il personnel ou de caste et nous vivrons dans une société réellement égalitaire, solidaire et fraternelle et donc par essence, progressiste et libre.

Références:

La dissonance cognitive sur Wikipédia:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Dissonance_cognitive

“La théorie de la dissonance cognitive”, David Vaidis et Séverine Halimin-Falkowicz

http://www.psychologie-sociale.com/index.php?option=com_content&task=view&id=366&Itemid=85

« The March of Folly: from Troy to Vietnam” Barbara Tuchman, Abacus (1985, réédition 1990)

“Le choc des civilisations”. Samuel Huntington, Odile Jacob, 2000

“A Theory of Cognitive Dissonance”, Leon Festinger, Stanford University Press, 1957

“L’échec d’une prophécie”, Léon Festinger, PUF, psychologie sociale, 1993

Par Résistance 71

Cet article a été publié dans Réflexions. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s